Harcèlement de rue : un court métrage contre le sexisme

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À Paris, une réalisatrice dénonce le comportement laxiste de l’entourage des victimes de harcèlement sexuel au sein de l’espace public. Focus sur son court métrage « Tu devrais être flattée » labellisé « Sexisme, pas notre genre » par le ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes dans le cadre de sa campagne de lutte contre le sexisme.

Pour les femmes ayant déclaré avoir été dernièrement victimes d’une injustice ou d’une humiliation, 45% de ces situations se sont déroulées dans la rue, dans les transports en commun ou dans un autre espace public  (source : enquête CSA pour le Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, 2016). Outre les sifflets et les insultes (source : étude Hollaback!), 10% des femmes âgées de 18 ans à 29 ans subissent des baisers ou des caresses qu’elles ne désirent pas (source : étude Insee). Comment lutter contre ces agressions et ces violences subies par les femmes ?

Un scénario fondé sur des faits réels

« J’en avais marre de subir ce harcèlement sans que rien ne change », explique Marie Nardon, une réalisatrice de 22 ans. Début 2014, excédée, elle écrit en quatre mois  le scénario de « Tu devrais être flattée », un court métrage de 5 minutes. L’histoire ? On suit une journée ordinaire, celle d’une jeune femme et de quatre hommes. Ces derniers, par leurs remarques ou leurs gestes, vont la harceler chacun à leur tour dans la rue et dans les transports.

Renoncer à mettre une jupe en été, être suivie dans la rue, subir une main aux fesses dans les transports. Voilà les anecdotes – expériences personnelles ou vécues par ses copines – sur lesquelles elle s’est appuyée pour construire son récit.

Entourée d’une quinzaine de technicien.ne.s et de comédien.ne.s bénévoles, Marie Nardon a tourné son court métrage en quelques jours. « Grâce au matériel de l’EICAR où j’étais étudiante à l’époque, on n’a pas dépassé 150€ de dépenses », souligne-t-elle.

Tu devrais être flattée from MarieNardon on Vimeo.

Changer le regard de l’entourage

Au-delà de la dénonciation du harcèlement sexuel vécu au quotidien, la cinéaste a voulu mettre l’accent sur les réactions de son entourage avec ce film. Son objectif : changer le regard, tout particulièrement celui des hommes, sur le harcèlement sexuel de rue.

« À chaque fois que j’essayais de parler de harcèlement à quelqu’un et notamment à un garçon, il me répondait “tu devrais être flattée qu’on te trouve jolie”. Ce type de réaction m’empêchait de parler de ce problème auprès de mon entourage et m’a du coup inspiré la scène de fin de mon film pour aider les mœurs à changer », pointe la scénariste.

Un support pédagogique

Les retombées ont été nombreuses grâce aux réseaux sociaux. « Passer par la vidéo est un moyen facile pour moi de raconter les choses », déclare en souriant Marie Nardon. Et très efficace. Lors de la mise en ligne du court métrage sur la plateforme Viméo en 2015, différentes associations comme Stop harcèlement de rue ! ont partagé la vidéo sur les réseaux sociaux, tout comme le magazine Causette. « En 4 jours, il y a eu 30.000 vues », se réjouit la réalisatrice. Le film a également été présenté dans 2 festivals : Chelles Battle Pro, manifestation hip hop populaire auprès des jeunes, et Un vendredi pour les vidéastes, mini-festival de courts métrages portant sur le thème « Femmes, 50% de l’humanité ? ». « Mon message a été porté grâce aux nombreux partages. J’ai l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile », conclut la jeune femme. Pour la suite, elle réfléchit à la réalisation d’un documentaire plus long autour du féminisme.