Journées du Réseau des Droits des Femmes et de l’Egalité

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Le lundi 12 juin 2017 à 11 heures
Salle Laroque
Ministère des Affaires sociales

Seul le prononcé fait foi


Monsieur le Directeur général de la Cohésion sociale, cher Jean-Philippe Vinquant,
Madame la Cheffe du Service des Droits des Femmes et de l’Egalité, chère Stéphanie Seydoux,
Mesdames les directrices, Messieurs les directeurs, délégué.e.s et agent.e.s du réseau déconcentré des Droits des Femmes,
Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement heureuse d’être aujourd’hui devant vous, en tant que Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les Femmes et les Hommes. C’est notre première rencontre. C’est un moment important pour moi, puisqu’il me donne l’occasion de vous faire partager les premières orientations de la politique dont vous allez être les actrices et les relais sur les territoires, au cours des cinq prochaines années.

Je connais votre action. Tout au long de la campagne présidentielle, partout en France, j’ai entendu mes nombreux interlocuteurs me dire combien elle était essentielle. Yvette Roudy, que j’ai tenu à rencontrer dès que j’ai pris mes fonctions, me l’a confirmé : peu de ministres peuvent s’appuyer sur un réseau d’intervention dédié aussi bien structuré et aussi engagé que le vôtre. Ancré dans une histoire particulière, dans laquelle je m’inscrirai, votre réseau tire sa force du contact direct que vous avez avec celles et ceux qui mènent le combat de l’égalité en région. Et, aussi, avec celles et ceux qui résistent et qu’il nous faut encore convaincre !

I. Les grands axes de ma feuille de route

Le chemin vers l’égalité s’inscrit dans un temps long. Les obstacles qui s’y dressent sont encore nombreux : le poids des stéréotypes, la force de l’habitude, la défense de privilèges que certains veulent conserver à tout prix, à rebours du sens de l’Histoire… Malgré les avancées réalisées au cours des dernières décennies, malgré un arsenal législatif constamment renforcé, les discriminations à l’égard des femmes persistent. Vous le savez, c’est à la source de toutes les formes d’inégalités et de violences sexistes qu’il faut agir, et dans tous les champs où nous devons garantir la sécurité, la dignité et la liberté des femmes (au sein de leur foyer, dans la sphère professionnelle, dans l’espace public…).

La loi a changé ; maintenant, c’est la vie des femmes qui doit changer. Et c’est toute la société qui doit y gagner.

Vous le savez, le Président de la République a souhaité faire de l’égalité femmes-hommes la grande cause nationale du quinquennat. Je présenterai en conseil des ministres dans quelques jours les principales orientations que j’aurai la responsabilité de mettre en œuvre, sous l’autorité du Premier ministre et, naturellement, avec le concours de chacune et chacun de vous.

Je souhaite donc vous en présenter brièvement les grandes lignes.

Première priorité : promouvoir l’autonomie des femmes en faisant progresser l’égalité dans le monde professionnel. La loi du 4 août 2014 a permis des avancées notables mais ce n’est pas suffisant. Le « plafond de verre » qui freine l’accès des femmes aux responsabilités, les « murs de verre » qui les cantonnent à certains secteurs d’activité, sont encore bien résistants. Il faut inventer de nouvelles manières de les faire enfin voler en éclats. C’est dans cet esprit que je souhaite organiser, d’ici la fin du mois, une formation pour les entreprises les plus mal classées par le baromètre Ethics and Board. Car il est essentiel, non seulement de les inciter à respecter leurs obligations légales, mais aussi de leur faire partager les bonnes pratiques qui leur permettront d’améliorer les conditions de travail de leurs salariées et leurs perspectives de progression.

L’Etat doit aussi innover dans sa façon d’aider les parents à mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. Je vais donc proposer à la ministre des Solidarités et de la Santé d’ouvrir plusieurs chantiers qui pourront y contribuer :

  • l’harmonisation des droits au congé maternité, pour en finir avec ces inégalités qui pénalisent certaines femmes ;
  • la transparence des critères d’attribution des places en crèche, sur la base du travail mené avec le Pacte Transparence Crèches ;
  • la valorisation du congé parental, qui devrait être mieux partagé par les deux parents et pourrait faire l’objet d’une reconnaissance par la création d’un dispositif de Validation des Acquis de l’Expérience.

Une attention particulière sera naturellement portée à la situation des plus fragiles. Je pense ainsi aux femmes contraintes de travailler à temps partiel ou en horaires décalés, aux mamans qui élèvent seules leurs enfants et qui sont davantage exposées à la précarité. Je veux que l’on entende la voix de ces femmes, que l’on réponde mieux à leurs besoins et à leurs attentes. Je veux agir pour toutes les femmes, quels que soient leur âge, leur situation professionnelle et familiale, leur niveau de ressources, leur lieu de vie.

C’est pourquoi je souhaite lancer, dès l’été, un « Tour de France de l’égalité professionnelle », dans nos 18 régions. L’objectif sera de recueillir leurs souhaits et leurs propositions, pour orienter nos politiques en fonction de ce qu’elles auront exprimé. Vous serez naturellement en première ligne dans la mise en œuvre de ce dispositif.

Je compte m’appuyer pleinement sur vos savoir-faire, votre connaissance fine du terrain, vos relations étroites avec les partenaires locaux (entreprises, associations…). Je participerai à plusieurs étapes de ce « Tour de France », en métropole et en outre-mer : j’aurai ainsi l’occasion de vous rencontrer et d’accompagner vos actions.

Deuxième priorité : poursuivre la lutte contre toutes les formes de violences sexistes et sexuelles. Je sais pouvoir compter sur votre pleine mobilisation dans la mise en œuvre du 5ème plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes. Je souhaite d’ailleurs que nous ne les nommions plus ainsi et que nous utilisions désormais l’expression « violences sexistes et sexuelles », afin de caractériser la nature de ces violences, en y ajoutant les violences homophobes notamment.

C’est bien à la « culture du viol » que j’entends m’attaquer. Deux projets pour cela :

  • Une grande campagne nationale de communication, qui sera lancée à l’automne. Je souhaite qu’elle cible plus particulièrement les auteurs de violences, notamment pour les sensibiliser aux notions de consentement et de respect ;
  • La création d’une infraction relative au harcèlement de rue, qui permettra aux forces de l’ordre de verbaliser les siffleurs, les suiveurs, les frotteurs… Tous ces hommes qui n’ont pas encore compris que leurs agissements étaient des agressions !

J’ai évoqué ce projet tout à l’heure avec le Garde des Sceaux et j’espère que nous pourrons avancer rapidement dans sa mise en œuvre. Cet entretien a aussi été l’occasion d’évoquer l’application de la loi du 13 avril 2016 relative à la lutte contre le système prostitutionnel. Je tiens à vous assurer de mon engagement à poursuivre le travail initié par mes prédécesseures, en veillant notamment à la bonne mise en œuvre du volet social de cette loi. Le cadre est désormais posé et les financements sécurisés. La réussite des parcours de sortie de la prostitution, gérés par les commissions départementales, nécessite à présent votre pleine mobilisation. Je sais pouvoir compter sur vous.

Je sais, aussi, combien vous êtes engagé.e.s dans cette bataille culturelle contre les stéréotypes sexistes, qui sont le terreau de toutes les formes de discriminations et de violences commises à l’encontre des femmes. Vous vous êtes remarquablement investi.e.s dans l’opération « Sexisme, pas notre genre ! », en mobilisant, avec une grande efficacité, le réseau des actrices et acteurs de l’égalité sur vos territoires. Je souhaite que cette dynamique se poursuive. Je réunirai donc prochainement les membres du comité de suivi pour le leur annoncer et définir avec eux les modalités du processus de labellisation, qui s’inscrira dans le temps long du quinquennat. Je vous invite, dès à présent, à continuer de faire émerger et d’accompagner les projets innovants qui seront soutenus dans ce cadre.

 

II. Le réseau déconcentré des droits des femmes, relais essentiel de cette politique dans les territoires

Les politiques publiques en faveur de l’égalité femmes-hommes, que j’ai désormais l’honneur et la responsabilité de conduire, ne réussiront pas sans vous. Car c’est vous qui allez donner une traduction concrète aux lois, aux plans d’actions, aux initiatives que le Gouvernement va porter dans les cinq prochaines années.

Bien sûr, c’est la mission des services déconcentrés de l’Etat. Mais toutes les administrations ne sont pas confrontées aux mêmes difficultés. Je connais bien les résistances qui s’exercent quand on s’attaque aux clichés et aux préjugés qui sont à la racine des inégalités. Je sais les efforts de conviction qu’il faut déployer, l’énergie qu’il faut mobiliser pour combattre ce sexisme ancestral, qui nourrit toutes les formes de discriminations ou d’agressions fondées sur le sexe.

Je sais aussi que vous intervenez dans des conditions difficiles, avec une charge de travail importante, tant le champ de votre action est large. Animer, conseiller, impulser, former, convaincre…cela demande des talents de négociation et de coordination hors pair ! Vous les possédez, assurément, mais le secret de votre efficacité, ce sont les convictions qui vous animent et que nous partageons. Nous qui sommes des militantes et militants de l’égalité, et qui voulons entraîner le plus de monde possible dans cette grande révolution culturelle.

Chaque jour, celles et ceux qui nous rejoignent sur ce chemin le font parce qu’elles et ils vous ont rencontré.e.s. Parce qu’elles et ils ont eu envie de s’engager avec vous dans des projets, petits ou grands, qui contribuent à bâtir cette société de l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Vous pouvez donc compter sur mon plein engagement à vos côtés. Je veillerai à ce que vous disposiez des moyens nécessaires pour la conduite de votre action au quotidien : l’attention des préfets ; la préservation de vos enveloppes budgétaires sur vos seules missions ; l’implication toujours plus grande du service central pour appuyer.

Je suis évidemment à votre écoute, car c’est dans un dialogue franc et constant que nous réussirons ensemble nos missions au service de l’égalité entre femmes et hommes. Je vous invite à engager ce dialogue dès à présent avec moi, en attendant de le poursuivre lors de mes futurs déplacements sur le terrain.

Je vous remercie.