Rapport du CSEP sur le sexisme – Discours Mme Boistard

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Discours prononcé dans le cadre de la remise du rapport du CSEP sur le sexisme dans le monde du travail

Madame la ministre,
Madame la secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes,
Mesdames, messieurs,

Je suis ravie d’être avec vous ce matin, dans cette semaine si symbolique pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

La question de l’égalité professionnelle est multiforme.

Les écarts de salaire persistants entre les femmes et les hommes, dont vous savez mieux que quiconque qu’ils atteignent un quart du salaire, sont le reflet de ces inégalités. Ils reflètent des inégalités dans le temps de travail, puisque les femmes constituent 80% des salariés à temps partiel. Ils reflètent des inégalités dans les interruptions de carrière, puisque les femmes constituent l’essentiel des parents qui interrompent leur activité à l’arrivée d’un enfant. Ils reflètent des inégalités dans les métiers occupés par les unes et par les autres. Ils reflètent des inégalités dans les postes occupés.

Or, au fondement de toutes ces inégalités, on trouve souvent la question des stéréotypes de sexe, qui assignent chacun et chacune à des rôles professionnels et personnels spécialisés.

Ces stéréotypes s’incarnent au quotidien, dans l’entreprise comme dans la vie personnelle, par des remarques, des attitudes, des blagues, des interpellations, des comportements irrespectueux, que votre rapport décrit. Il souligne que ce sexisme n’est pas nécessairement malveillant : c’est parfois avec de bonnes intentions que les hommes renvoient les femmes à un rôle domestique et maternel prépondérant.

C’est pourquoi je suis enchantée de recevoir ce matin ce rapport, sur un sujet important et difficile.

1. Le sexisme, un sujet important

Ce sujet est tout d’abord quantitativement important.

Dans votre enquête, à laquelle 15000 salariés ont répondu, vous notez la forte prévalence des attitudes et comportements sexistes au travail : 80% des femmes salariées considèrent que, dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes !

Presque la moitié des femmes affirment avoir entendu des compliments sur leur tenue ou leur physique qui les mettent mal à l’aise et 80% disent avoir été témoins de blagues sur les femmes dont elles sont une fois sur deux la cible.

2. Le sexisme, des impacts sur la confiance en soi et la performance

Le sexisme, souvent considéré comme un fait mineur, est important en raison de ses conséquences.

La quasi totalité des femmes considèrent que ces attitudes peuvent modifier le comportement des salariées et amoindrir leur sentiment d’efficacité personnelle.

Et finalement elles constatent qu’il est plus facile de faire carrière pour un homme que pour une femme.

3.Le sexisme, un sujet minoré

Or, le sexisme n’est pas considéré avec tout le sérieux qu’il mérite. Les femmes n’osent pas en faire part à leur hiérarchie, les hommes minorent les effets de tels comportements.

C’est pourquoi votre rapport est essentiel.

Mme Grésy, vous avez déjà largement évoqué les pistes auxquelles vous êtes parvenus. Je tenais à saluer les efforts constructifs réalisés par l’ensemble des membres du CSEP pour parvenir à des propositions partagées sur ce sujet délicat.

Vos 35 propositions en effet, organisées en 8 axes, proposent d’attaquer le sujet en touchant tous les publics susceptibles de faire régresser ce fléau :

  • Le grand public : en suggérant de mieux connaître et faire connaitre la réalité du sexisme en entreprise et ses conséquences sur la santé des salariés, les actions que vous proposez visent à sensibiliser l’ensemble des Français à la nocivité du phénomène.
  • Les entreprises : les recommandations que vous faites s’adressent aux managers, mais aussi aux partenaires sociaux et à l’ensemble des salariés, pour les sensibiliser, mais aussi pour les outiller, en leur formant à des relations plus égalitaires entre les femmes et les hommes dans un cadre professionnel.
  • Les magistrats, en les mettant en alerte sur les types de comportements susceptibles de nuire à la santé des salariées.

Vos propositions sont également très riches dans la variété d’outils proposés pour faire reculer ces agissements nuisibles.

Leur grand intérêt m’incite à m’engager rapidement sur la mise en œuvre de plusieurs de ces recommandations.

La première action sera d’inclure dans le cahier des charges des labels la lutte contre le sexisme

Vous le savez, les labels égalité-e et diversité sont en cours de rénovation. Il s’agit de proposer aux entreprises et aux organisations deux labels plus simples, harmonisés sur le plan de la procédure et du dossier administratif, tout en maintenant l’ambition de chacun d’eux en matière de progrès pour l’égalité femmes-hommes d’une part et de lutte contre les discriminations d’autre part.

La rénovation de ces labels est en cours et devrait désormais voir le jour rapidement.

Je ferai inclure dans la nouvelle version des cahiers des charges un segment spécifique sur la lutte contre les stéréotypes, qui doit désormais faire partie de la politique managériale de toute entreprise engagée sur l’égalité.

Cette mesure comporte deux avantages.

D’une part, elle permet d’afficher que la lutte contre le sexisme fait partie intégrante du combat pour l’égalité professionnelle ; elle nomme le sexisme comme un des freins à cette égalité ; elle indique l’importance que nous apportons à des relations non stéréotypées entre les sexes dans le monde du travail.

En outre, en développant des actions dans les entreprises, elle nous permettra de détecter des stratégies qui fonctionnent pour faire régresser le sexisme.

La deuxième action sera de faire partager les bonnes idées

Vous le savez, 28 entreprises ont conventionné en 2013 avec notre ministère, en s’engageant dans une série d’actions pour favoriser l’égalité professionnelle. Ces actions concernent à la fois leur propre organisation du travail, et notamment l’articulation des temps pour les pères et les mères, la place des femmes dans leur organisation, mais aussi le transfert de leurs bonnes pratiques auprès des petites et moyennes entreprises avec lesquelles elles sont en relation commerciale.

Dans ce cadre, mais aussi dans le cadre d’un partage entre grandes entreprises, car elles le souhaitent, nous sommes en train de monter un réseau d’entreprises engagées sur le thème de l’égalité professionnelle.

Trois séances de travail seront proposées d’ici à la fin de l’année, touchant à l’organisation des temps, à la promotion des femmes, à l’égalité salariale.

Un atelier spécifique pourra être consacré à la lutte contre le sexisme. Des entreprises, dont je sais qu’elles ont déjà monté des actions, par exemple sous forme de groupes de travail mixte sur le thème des relations femmes – hommes dans l’entreprise, pourront venir témoigner de ces expériences. Elles en souligneront la plus value en termes d’ambiance de travail, mais aussi de performance, puisque, j’en suis convaincue, limiter le sexisme permet de redonner confiance aux femmes, donc de faire progresser leur performance, mais aussi pacifier les relations professionnelles, et ainsi bénéficier également aux hommes.

Vous le voyez, plusieurs des mesures que vous proposez trouvent très naturellement leur place dans les projets que nous portons. Avant l’été, le label égalité-e rénové prendra en compte les questions de sexisme ; avant l’été, des échanges de pratiques autour de ce sujet permettront de le rendre visible auprès des entreprises engagées sur ce thème et leurs partenaires.

Je vous remercie donc de vos propositions stimulantes, pour lutter contre le sexisme et pour l’égalité femmes – hommes au travail.