Les fleurs de la liberté continueront de pousser

Share on Facebook+1Share on LinkedInShare on Twitter

Il avait 47 ans. Il était père de famille. Il était professeur d’histoire. Il a consacré sa vie à l’enseignement. Vie, violemment arrachée par ce qu’il faut nommer : le terrorisme islamiste. Barbarie aveugle qui s’arrime à une idéologie obscurantiste. Une émotion indicible a soudainement étreint notre pays. À son insu, qu’il le veuille ou non, qu’il y consente ou non, Samuel Paty a revêtu la cape noire, bardée de tricolore, des hussards de la République. Linceul qui l’embaume aujourd’hui. À jamais.

En montrant à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet, Samuel Paty a redonné corps à la fois à Voltaire, George Sand et Albert Camus. À l’enfant des Lumières, apôtre de la raison, qui nous a appris et légué l’esprit critique avec un « E » majuscule. À l’amoureuse du Berry qui écrivait pour « réparer les sottises ou alléger la misère des imbéciles ». Et à l’enfant d’Alger qui l’annonçait déjà dans La Peste : « celui qui ose dire que deux et deux font quatre est puni de mort ».

En montrant à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet, Samuel Paty a exercé son métier. Celui qui consiste à transmettre la liberté d’expression. Il a voulu permettre à ses élèves de s’emparer d’un droit fondamental en allant à la rencontre de textes ou d’images susceptibles d’engager le débat, d’ébranler leurs certitudes et de remettre en question certaines de leurs idées préconçues. Autrement dit, de réfléchir par eux-mêmes, de se forger leurs propres opinions, en dehors des discours de haine qui prolifèrent sur les réseaux sociaux. Samuel Paty souhaitait ainsi permettre à ses élèves de devenir des citoyennes et des citoyens libres. En d’autres termes, il a voulu enseigner. Point.

Les islamistes voudraient que la nuit s’abatte sur notre pays. Que la peur s’y installe. Que la méfiance en lézarde l’édifice et en abîme les valeurs. C’est méconnaître la République. Et c’est méconnaître l’attachement des Français à l’État de droit. Car, malheureusement, le terrorisme islamiste a déjà frappé, à plusieurs reprises ces dernières années. L’école a déjà été visée ; le 19 mars 2012, à Toulouse.

Le combat contre l’islamisme radical est un combat éminemment républicain. Il s’agit d’un combat pour la liberté, pour l’égalité et pour la fraternité. Car la République ne voit en nous que des citoyennes et des citoyens, libres et égaux. Elle tisse un fil qui nous relie tous les uns aux autres. Un fil qui d’une certaine manière nous enlace malgré nous. Un fil que la pire des barbaries ne parviendra jamais à rompre.

La République reste debout. Elle fait bloc. Elle est unie. Elle ne recule pas. Et elle soutient ses enseignants et leurs élèves, résolument.

Cher Monsieur le professeur, si des herbes folles assaillent le champ républicain, sachez que les fleurs de la liberté continueront d’y pousser. Nous y veillerons. Nous vous le devons. Nous le devons à vos élèves à qui, aujourd’hui, vous devez assurément manquer et qu’il nous appartient de protéger.

20 octobre 2020