Les diasporas sont une chance pour la France

Share on Facebook+1Share on LinkedInShare on Twitter

Je suis née en Afrique. Plus précisément sur un archipel qui confine à un confetti. Un archipel si petit que, parfois, les géographes distraits oublient de le dessiner sur les cartes du monde. Cet archipel, c’est le Cap-Vert. Un pays avec lequel je garde des attaches extrêmement profondes. Un pays où plongent mes racines.

Comme les deux faces d’une même pièce, la France et l’Afrique m’habitent au quotidien, sans jamais se confondre ni s’opposer ; mais en s’entremêlant en permanence, en s’additionnant constamment l’une à l’autre. Cette double culture, ce double enracinement, ce « métissage identitaire » dont je suis fière, fait ma force depuis toujours. Ces « gênes de l’âme » ne sont pas des gommes mais des crayons qui ont dessiné ma personnalité tel un camaïeu et qui m’ont permis de « me frayer mon chemin secret » comme l’écrivit Assia Djebar. Mon histoire est celle de la diaspora. Celle de millions de nos compatriotes.

L’Afrique et la France ont une part d’identité commune. Elles sont étroitement liées par une histoire entrelacée, avec ses pages sombres et ses heures glorieuses. Au-delà de la grande Histoire, il y aussi les petites histoires. Ces histoires individuelles qui participent à l’écriture de notre Histoire collective, qui en sont la sève. Ce sont celles de nos grands-parents, de nos parents, de nos sœurs, de nos frères, parfois de nos enfants qui ont décidé, un jour, de franchir la Méditerranée ; passant d’une rive à l’autre, à la recherche d’un avenir meilleur. Résultat : la France est aujourd’hui plurielle et, en miroir, l’Afrique s’enrichit de celles et ceux qui s’y installent ou qui s’y réinstallent, qui y voyagent ou qui y investissent. 

L’Afrique et la France ont une part d’identité commune. Elles sont étroitement liées par une histoire entrelacée, avec ses pages sombres et ses heures glorieuses.

Cette richesse a été trop longtemps occultée, ces opportunités trop longtemps passées sous silence. Elles sont pourtant un atout indéniable, pour tous. Mais pour cela, les millions de nos compatriotes disposant d’une double culture, de racines étirées de part et d’autre de la Méditerranée, doivent être placés au cœur de notre pacte républicain. 

Lors de son discours de Ouagadougou, le Président de la République a présenté ses ambitions pour renouveler la relation entre la France et l’Afrique. Emmanuel Macron y a notamment souligné sa volonté de valoriser le rôle des diasporas africaines en tant qu’acteur économique, et ce en encourageant l’entrepreneuriat et l’innovation. Les diasporas ont en effet l’opportunité de créer les bases d’un narratif nouveau entre la France et l’Afrique. Un narratif fondé sur l’écoute, sur le dialogue et sur une meilleure connaissance mutuelle.

Les diasporas ont l’opportunité de créer les bases d’un narratif nouveau entre la France et l’Afrique. Un narratif fondé sur l’écoute, sur le dialogue et sur une meilleure connaissance mutuelle.

Je considère également qu’il s’agit d’une voie essentielle, d’un moyen primordial pour rénover, pour refonder les relations entre notre pays et le continent africain. Quelle fierté de pouvoir contribuer au développement du pays de nos parents ainsi qu’à celui qu’ils ont choisi pour nous. Et les enjeux sont légion en France aussi. Car comme l’a révélé un sondage OpinionWay réalisé pour le Conseil présidentiel pour l’Afrique, l’égalité des chances n’est pas une réalité concrète et effective pour les Français d’origine étrangère.

En définitive, ce sondage a mis le doigt sur un « malaise ». 73% des personnes interrogées considèrent en effet que l’intégration des personnes d’origine étrangère dans la société française fonctionne mal. Les trois quarts estiment quant à eux que l’égalité des chances n’est pas respectée dans notre pays.

C’est pourquoi le Président de la République a décidé de lancer une grande consultation citoyenne sur les discriminations qui sera portée par mon ministère très prochainement. L’objectif est d’obtenir des remontées d’informations sur toutes les situations de discriminations subies par nos concitoyens et d’y apporter des réponses concrètes et efficaces à toutes ces injustices qui sont des atteintes à la dignité et brisent les rêves et les ambitions. Car les discriminations ne sont pas uniquement des statistiques. Elles affectent la vie de millions de nos concitoyens et, par effet domino, elles minent notre cohésion sociale.

Les discriminations ne sont pas uniquement des statistiques. Elles affectent la vie de millions de nos concitoyens et, par effet domino, elles minent notre cohésion sociale.

En parallèle, nous souhaitons créer une plateforme avec le Défenseur des droits afin de traiter les situations de discriminations au sens large du terme, c’est-à-dire aussi bien celles qui interviennent dans l’emploi que dans le logement, l’éducation, la santé, la culture ou l’accès au financement bancaire. Je travaille pour cela en étroite collaboration avec les associations de lutte contre les discriminations telles que la LICRA ou SOS Racisme, ainsi qu’avec les associations locales qui s’engagent aussi bien dans les quartiers que dans les zones rurales. Cette plateforme constituera un moyen simple et efficace de mettre la lumière sur des discriminations trop longtemps restées dans l’ombre.  

Aussi, parce que la diversité de notre « France plurielle » doit pouvoir se déployer pleinement dans tous les domaines et à tous les échelons de notre société, je propose de créer un Index de la diversité. Un outil de mesure qui permettra d’établir une photographie du niveau d’inclusion réel d’une organisation professionnelle, publique ou privée, afin d’y apporter des solutions. J’ai l’intime conviction que lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité, c’est au bout du compte réconcilier l’idéal républicain avec la pluralité de notre société contemporaine.

La contribution des Français d’origine étrangère à la richesse et à l’Histoire de notre pays est à la fois insuffisamment connue et reconnue. Elle est pourtant immense. Je suis convaincue que pléthore de petits Félix Éboué peuplent nos écoles.

La contribution des Français d’origine étrangère à la richesse et à l’Histoire de notre pays est à la fois insuffisamment connue et reconnue. Elle est pourtant immense. Elle l’a été par le passé. Elle l’est encore aujourd’hui. Et elle le sera demain. Je suis convaincue que pléthore de petits Félix Éboué peuplent nos écoles de métropole et d’outre-mer.

Les diasporas constituent dès lors une chance pour notre avenir. Elles créent des solidarités, du dialogue, de la valeur et sont les traits d’union entre les deux rives de la Méditerranée.

6 février 2021