La parité n’est pas la charité

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Loi Copé-Zimmermann : dix ans après.

Il y a des lois qui marquent les esprits. Des lois qui transforment réellement notre société. Des lois qui brisent les ordres établis ; parfois contre vents et marées, à rebours de l’opinion majoritaire. Des lois en avance sur leur temps et qui, lorsque l’on regarde ensuite dans le rétroviseur, prennent des allures de révolution. La loi Copé-Zimmermann, adoptée le 27 janvier 2011, est de celles-ci.

Cette loi constitua néanmoins un risque à l’époque. Rappelons-nous en effet les déboires et la vindicte qu’avaient essuyés Yvette Roudy en 1983 avec son projet de loi sur la lutte contre les discriminations fondées sur le sexe. Sa bravoure et son opiniâtreté n’avaient finalement pas eu raison d’une société française encore frileuse sur ce sujet. Trente ans plus tard, sans amoindrir le courage dont Marie-Jo Zimmermann et Jean-François Copé ont fait preuve, je crois que la société était prête.

Grâce à cette loi, les conseils d’administration des entreprises du CAC 40 se sont spectaculairement féminisés ; passant d’à peine 10% en 2009 à 44,6% aujourd’hui. La France se hisse ainsi sur la première marche du podium européen et au deuxième rang mondial, talonnant l’Islande à 46%. À celles ou ceux qui parfois en doutent, cette loi est l’illustration concrète que la loi peut être utile, que la norme certes contraignante fait in fine bouger les lignes.

Qui, aujourd’hui, oserait revenir en arrière ?

Si l’anniversaire des dix ans de la loi Copé-Zimmermann nécessite de décerner à notre pays un satisfecit, nous devons néanmoins amplifier le mouvement. Parce que les inégalités n’ont pas disparu, le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas terminé.

Le CAC 40 demeure, hélas, un « club de mecs en costumes gris ».

En effet, en 2019, les comités de direction des entreprises du SBF 120 ne comptaient que 17% de femmes. Au surplus, douze entreprises du CAC 40 ne disposent d’aucune femme au sein de leur plus haute instance de direction, tandis que 9 en recensent moins de 10%. Le CAC 40 demeure, hélas, un « club de mecs en costumes gris ». Car si l’on m’avait dit il y a trente ans, lorsque j’ai débuté ma carrière professionnelle, qu’en 2021 une seule femme serait à la tête des quarante plus grandes entreprises françaises, je n’y aurais pas cru une seule seconde.

Avec Bruno Le Maire et Élisabeth Borne, nous en sommes intimement convaincus : la question de la parité n’est pas résolue. Si la loi Copé-Zimmermann a eu un effet extrêmement positif sur la parité au sein des conseils d’administration, les femmes continuent néanmoins d’être confrontées à un « plafond de verre » épais, qui les exclut trop souvent des autres instances de direction ; ces lieux où sont réellement prises les décisions de l’entreprise.

En d’autres termes, l’effet « ruissellement » attendu n’a pas eu lieu. Dans la tech par exemple, elles représentent moins de 20% des membres des Comex et seulement 12% des créateurs de start-up. Des inégalités sur lesquelles nous travaillons avec Cédric O, via le programme French Tech Tremplin notamment.

Il s’agit d’une véritable anomalie qui constitue en fin de compte un miroir grossissant des inégalités qui subsistent entre les femmes et les hommes dans le monde professionnel. Grande cause du quinquennat décrété par le Président de la République, l’égalité entre les femmes et les hommes est au cœur de ma mission et de l’ambition du Gouvernement. Beaucoup de chemin a été parcouru en trois ans.

Qu’il s’agisse de l’extension du congé paternité de 14 à 28 jours, de la création d’un service public des pensions alimentaires, de la mise en place par Muriel Penicaud de l’Index de l’égalité professionnelle pour lutter contre les inégalités salariales ou encore de la protection du conjoint collaborateur via la loi PACTE, beaucoup a été accompli pour faire progresser l’égalité dans le monde professionnel.

Avec Bruno Le Maire et Élisabeth Borne, nous sommes favorables à l’instauration de quotas dans les instances dirigeantes des entreprises.

Dix ans après la promulgation de la loi Copé-Zimmermann, je considère qu’il faut que nous allions plus loin. Avec Bruno Le Maire et Élisabeth Borne, nous sommes favorables à l’instauration de quotas dans les instances dirigeantes des entreprises. Parce que la parité n’est pas la charité, parce que seuls les quotas font en réalité bouger les lignes en profondeur, nous croyons en la force de la loi pour transformer la société.

Parce que la parité n’est pas la charité, parce que seuls les quotas font en réalité bouger les lignes en profondeur, nous croyons en la force de la loi pour transformer la société.

Dans le contexte de crise sanitaire et économique que nous traversons, cette conviction prend une épaisseur supplémentaire. A la lisière de deux mondes, le nouveau qui s’ouvre à nous et que nous devons édifier collectivement devra absolument être plus juste et plus égalitaire. La loi Copé-Zimmermann, qui a ouvert le champ, doit être l’écume d’une vague encore plus forte.

29 janvier 2021