Joséphine Baker : le choix de la France

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« Le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre ». Ces mots, Victor Hugo aurait pu les écrire pour Joséphine Baker, elle qui n’a cessé de donner à la vie les couleurs de l’arc-en-ciel. Car il y a des destins qui, forgés au contact des affres de l’Histoire, ont des allures de roman. Hors-norme, celui de Joséphine Baker est de ceux-là.

Cette Américaine métisse, née d’un père blanc et d’une mère noire à l’aurore du XXème siècle, a vu le jour dans un Missouri encore ségrégationniste. Dans ce contexte, elle fut très tôt confrontée à l’injustice, à la misère, aux inégalités, aux parts sombres de l’âme humaine. Mariée à treize ans, divorcée un an plus tard, elle devra contribuer – bien avant sa majorité – aux revenus d’un foyer englué dans la précarité.

Cette enfance marquée par la pauvreté et par les discriminations raciales aurait pu faire naître en elle des rêves trop étroits. Mais son talent et sa ténacité l’ont sauvée. Ils la pousseront à traverser l’Atlantique et à choisir la France à 19 ans. Cette enfance l’a conduite à choisir la légèreté souvent, ainsi qu’à chérir la liberté, toujours. Mais sous le vernis de son excentricité – emblématique des années folles dont elle fut une égérie –, se cachaient un humanisme et une générosité sans pareil qui irriguaient toutes ses actions.

Fuir le cauchemar de Saint-Louis, tourner le dos à Broadway et choisir Paris ; la terre promise. Joséphine Baker, à la force de ses multiples talents, parviendra à conquérir les cœurs des Français. Icône des Folies Bergère ou du Casino de Paris, elle deviendra pleinement française en 1937.

Celle qui a fait de la liberté à la fois son glaive et son bouclier n’aura eu de cesse d’être la voix des sans voix.

La guerre donnera à son courage tout son éclat. Engagée aux côtés des services secrets gaullistes dès 1940, elle risqua sa vie pour sauver celle des autres. Parce qu’elle n’a jamais délié sa vie de ses combats, Joséphine Baker militera aussi pour les droits civiques des Afro-Américains aux côtés de Martin Luther King et s’engagera dans la lutte contre l’antisémitisme.

Compagnonne des sœurs Nardal et de René Maran, elle fait vivre à Paris la « culture noire » et ne cessera de détricoter les stéréotypes coloniaux dans ses représentations ; derrière la légèreté, le message. Toujours. En définitive, celle qui a fait de la liberté à la fois son glaive et son bouclier n’aura eu de cesse d’être la voix des sans voix. À chaque étape de sa vie, elle a choisi le camp des victimes.

Celle qui avait choisi la France et est aujourd’hui choisie par elle.

Joséphine Baker a disparu en 1975, mais son message reste éternel. Femme, franco-américaine, noire, bisexuelle, mère adoptive de douze enfants, elle est l’incarnation de notre triptyque républicain : liberté, égalité, fraternité. Sa vie, ses combats, sa générosité, son humour, parlent à notre époque. Son legs nous oblige.

Le fait que le président de la République ait décidé de la faire rentrer au Panthéon – qu’elle en soit la sixième femme et la première femme noire – constitue un signe important dont nous pouvons collectivement nous réjouir. Celle qui avait choisi la France et est aujourd’hui choisie par elle. Une page nouvelle s’écrit dans notre histoire républicaine. Expliquons-la.

Aux grandes femmes, la patrie reconnaissante.