Hommage à Alexandre Dumas

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Alexandre Dumas nous a quittés voilà 150 ans, emportant avec lui tous ses héros.

Mais son legs est quant à lui immortel. Ses héros sont toujours vivants et nous accompagnent. Ils traversent les générations et les frontières. Ses épopées flamboyantes nous habitent toujours. Balsamo, Monte-Cristo ou d’Artagnan lui ont survécu et ont bravé les époques et les modes. Ils ont pénétré l’intime national.

Alexandre Dumas fait partie de notre mémoire collective et de notre imaginaire populaire. De par ses combats, il était aussi un mousquetaire de la République. Quoi de plus normal qu’il repose dès lors au Panthéon, aux côtés de ses sœurs et frères de plume et d’engagement tels que Victor Hugo, André Malraux, Simone Veil ou Émile Zola.

Métis, Alexandre Dumas est aussi l’incarnation de notre « France plurielle », notre France aux mille visages et aux mille talents. Son père – qu’il ne connaîtra que très peu puisqu’il disparaît lorsqu’il a seulement 4 ans – était le fils d’une esclave et d’un propriétaire d’esclaves. Son père, le général Dumas, fut un héros de la Révolution française qui avait su briser les carcans des discriminations. Cette prison invisible qui enferme les âmes et qui rétrécit les destins.

Métis, Alexandre Dumas est l’incarnation de notre « France plurielle »

Ces discriminations d’il y a 200 ans ont une résonance particulière aujourd’hui au regard de notre actualité. Notre époque n’est pas étanche au racisme, à l’antisémitisme et à leur cortège de discriminations et de souffrances en cascade. Bien au contraire ! Notre époque est traversée de tensions ; dont l’Histoire est souvent le bouc-émissaire.

L’Histoire doit être lue et appréhendée dans son intégralité. Chaque époque a produit ses haines avec son lot de bourreaux et de zélateurs. Ces pages noires, nous ne devons ni les occulter ni les instrumentaliser. Nous devons les regarder en face. Nous devons les expliquer, en faire la pédagogie auprès des jeunes générations notamment.

On n’écrit pas l’Histoire avec une gomme, ni du haut d’un tribunal.

Parce que l’Histoire touche parfois à ce que nous avons en nous de plus sensible – à savoir l’identité –, nous devons poser un regard lucide sur notre passé. Ce passé riche et complexe. Car on n’écrit pas l’Histoire avec une gomme, ni du haut d’un tribunal. Parce qu’elle est un bloc, nous ne devons ni la magnifier ni la diaboliser. Refuser la nuance, c’est refuser la vérité. Parce qu’elle ne doit pas faire preuve d’amnésie ou de myopie, l’Histoire ne doit ni ennoblir le prestige, ni amoindrir la gloire. Autrement dit, ce travail mémoriel est une ligne de crête sur laquelle nous n’avons pas le droit de reculer ou de trébucher.

L’Histoire ne doit ni ennoblir le prestige, ni amoindrir la gloire.

Pour notre France du XXIème siècle, le récit commun que nous devons édifier doit nous permettre d’assumer le poids de notre passé dans son entièreté pour mieux regarder vers l’avenir. Écrire ce récit commun, se rassembler autour de lui, passe aussi par des actions mémorielles. Des actions mémorielles qui ont vocation à « dire l’Histoire », mais au-delà, à faire comprendre à nos concitoyens ce que fut la France à un moment donné.

Certaines figures importantes de notre Histoire, nées hors de l’Hexagone, demeurent trop peu connues et reconnues. Je pense par exemple à Félix Éboué, à Aimé Césaire, aux sœurs Nardal, à Gaston Monnerville , à Manon Tardon et bien d’autres. Plutôt que de déboulonner, plutôt que d’effacer, nous devons au contraire enrichir nos musées, enrichir nos manuels scolaires, enrichir nos rues. Et ainsi nos mémoires.

Certaines figures importantes de notre Histoire, nées hors de l’Hexagone, demeurent trop peu connues et reconnues.

L’histoire familiale d’Alexandre Dumas incarne à elle seule la complexité de notre Histoire ; les pages glorieuses et ombrageuses ainsi que les clair-obscur qu’elle porte en elle. Et le créateur de d’Artagnan est aussi le fruit d’un métissage historique et social. Ces identités multiples qui se confondent plutôt qu’elles ne s’opposent, il a su les sublimer sans jamais les dissimuler. Il se plaisait d’ailleurs à rappeler qu’il avait un accent créole.

Alexandre Dumas a su transcender ses identités pour épouser la République qui, au crépuscule de sa destinée, l’a accueilli au Panthéon parmi ses plus grands fils. Son parcours tout entier est l’incarnation de ce que notre pays peut produire de plus beau.

Alexandre Dumas a su transcender ses identités pour épouser la République qui, au crépuscule de sa destinée, l’a accueilli au Panthéon parmi ses plus grands fils.

Parce que nous devons faire de notre « France plurielle » une République unie, célébrons l’œuvre et le parcours d’Alexandre Dumas. Ils sont l’un des ciments de cette unité nationale que nous appelons de nos vœux.

150 après sa disparition à Puys, la République lui rend le juste hommage qu’il mérite. Comme disait Victor Hugo à son propos : « Le nom d’Alexandre Dumas est plus que français, il est européen ; il est plus qu’européen, il est universel ».

5 décembre 2020