François Mitterrand : un héritage toujours vivant

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Peu de responsables politiques, même parmi les plus illustres, peuvent s’enorgueillir d’avoir fait l’Histoire de notre pays. François Mitterrand, disparu voilà vingt-cinq ans aujourd’hui, est de ceux-là.

La trace laissée par les deux septennats du Président Mitterrand est indélébile. L’abolition de la peine de mort, la construction européenne, la décentralisation, la création du ministère délégué aux Droits de la femme, le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale, la mise en place du revenu minimum d’insertion, la dépénalisation de l’homosexualité, la cinquième semaine de congés payés, la semaine de 39 heures, l’instauration du prix unique du livre ou encore l’ouverture des radios libres, sont autant de réformes qu’il a engagées et qui ont permis de bâtir une société française plus égalitaire, plus moderne et plus ouverte.

Mais François Mitterrand, c’est aussi l’amour de la France, de la diversité de ses territoires, de son patrimoine, de sa géographie, de sa culture, avec en arrière-plan l’histoire d’une vie romanesque, jonchée de clair-obscur. Député à trente ans, ministre à trente-et-un, sa vie fut parsemée d’heures glorieuses et d’heures sombres. Sans jamais parvenir à épuiser sa soif inextinguible de servir la France, ses multiples combats politiques ont émoussé bien des rivaux, aboli les frontières de bien des obstacles. On admirait ses dons, on redoutait ses appétits.

Cet homme singulier à la vie plurielle – que tant de gens ont regardé sans jamais saisir, les esprits égarés par la quantité de fausses lueurs qui l’enveloppaient d’un halo opaque – n’a eu de cesse de susciter des sentiments opposés, mais toujours exaltés. Car derrière l’écorce, l’homme ne pouvait laisser indifférent ; même ses pires contempteurs. Derrière la « force tranquille », il était un volcan en permanente irruption, dont l’érudition semblait inépuisable.

François Mitterrand, c’est aussi un idéal. L’idéal de la République, qu’il avait chevillé au corps, et des valeurs de justice sociale, d’égalité et de solidarité qui, pour lui, en étaient la sève. Aimer la France, c’était donc la servir. Aimer la France, c’était lui offrir un destin un peu plus grand qu’elle-même.    

Plus que gouverner notre « vieille nation », François Mitterrand y a déployé son destin tout entier. Un destin exceptionnel, toujours à la lisière de Musset et de Machiavel. Ce qu’il a obtenu, il l’a conquis. Parfois au péril de sa vie, comme ce 23 février 1944 où il revient d’Alger après y avoir rencontré le général de Gaulle et que la Gestapo est à ses trousses. Traqué, harcelé par la police allemande, « Morland » sera contraint de se réfugier dans la région de Cluny mais parviendra néanmoins à unifier l’ensemble des mouvements de résistance des prisonniers de guerre.

Parce qu’avec lui la petite histoire épousa toujours la grande, qu’importent les tâches noires au tableau de sa vie haute en couleurs, qu’importent les polémiques infinies qu’il suscita avant sa disparition et qui l’embaumèrent après. Du provincial du lever du soleil au Président du crépuscule, François Mitterrand a rehaussé l’idéal socialiste d’une majuscule et permis à la France d’épouser la seconde partie du XXème siècle.

Celui qui avait su tisser un lien particulier avec les Français, celui qui avait si bien compris l’âme de la France fut l’architecte de grandes conquêtes sociales et de libertés nouvelles et l’artisan de l’Europe dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Cherchant toujours à rationaliser l’utopie, il marqua de son empreinte toute une génération, voire au-delà. Son héritage nous oblige. Et comme il l’avait affirmé, « l’égalité n’est jamais acquise, c’est toujours un combat ».

À nous de le poursuivre.

8 janvier 2021