France plurielle, République unie

Share on Facebook+1Share on LinkedInShare on Twitter

Passion française, l’égalité enflammait le cœur de la France déjà bien avant que la Révolution ne la porte aux nues. Inscrite sur les frontons de nos édifices publics, placée au centre de notre devise nationale, l’égalité n’est ni un talisman ni un slogan. Elle est à la fois un idéal, toujours inachevé et où chacun est respecté dans ses différences, ainsi qu’un objectif, avec une double obligation d’action et de résultats.

Inscrite sur les frontons de nos édifices publics, placée au centre de notre devise nationale, l’égalité n’est ni un talisman ni un slogan.

L’égalité a pris vie dans la République. Elle en est la sève. Pour de multiples raisons, qui tiennent autant à notre Histoire qu’aux politiques publiques menées depuis plusieurs décennies, l’égalité reste un principe et non une réalité pour bon nombre de nos concitoyens. Chemin faisant, la promesse d’égalité s’est peu à peu fissurée sous le poids de la progression des inégalités.

En 2018, en réponse à une enquête du Défenseur des droits, 16% des Français déclaraient avoir été discriminés dans l’année. Plus de 80% des personnes déclarant avoir subi des discriminations lors de la recherche d’un logement invoquent leur origine ou leur couleur de peau comme motif. Et l’origine ou la couleur de peau constituent le 1er critère des discriminations dans l’emploi.

Ces discriminations ne sont pas uniquement des statistiques. Elles affectent la vie de millions de nos concitoyens et, par effet domino, minent notre cohésion sociale. Parce qu’elles assignent, parce qu’elles enferment et surtout parce qu’elles blessent, ces discriminations créent du ressentiment. Et ce ressentiment crée de la discorde à un moment où notre pays a plus que jamais besoin de concorde.

Parce qu’elles assignent, parce qu’elles enferment et surtout parce qu’elles blessent, les discriminations créent du ressentiment.

C’est pourquoi nous devons agir. Agir vite et fort. C’est dans ce contexte que le Président de la République a annoncé le lancement d’une grande consultation citoyenne dans les prochaines semaines sur les discriminations qui sera portée par mon ministère. L’objectif est de donner la parole aux Français et d’obtenir des remontées d’informations sur toutes les situations de discriminations subies par nos concitoyens. Nous voulons également recueillir les bonnes pratiques pour lutter contre les discriminations.

En parallèle, nous allons créer une plateforme pour traiter les situations de discriminations au sens large du terme, c’est-à-dire aussi bien celles qui interviennent dans l’emploi que dans le logement, l’éducation, la santé, la culture ou l’accès au financement bancaire. Un moyen simple et efficace de mettre la lumière sur des discriminations trop longtemps restées dans l’ombre et d’y apporter une réponse.

Aussi, parce que les entreprises veulent avoir des politiques de recrutement plus inclusives et que la diversité de notre « France plurielle » doit pouvoir se déployer pleinement dans tous les domaines et à tous les échelons de notre société, je propose de créer un Index de la diversité. Un outil de mesure qui permettra d’établir une photographie de la diversité d’une organisation, publique ou privée afin d’y apporter des solutions.

En définitive, lutter contre les discriminations et promouvoir une société plus égalitaire revient à réconcilier l’idéal républicain avec la pluralité de notre société contemporaine. Mais l’idéal républicain n’est pas le modèle multiculturaliste anglo-saxon. La communauté nationale n’est pas une juxtaposition de communautés, étanches les unes aux autres. La République se veut aveugle face aux origines, à la couleur de peau, au genre, à l’orientation sexuelle, à l’identité de genre ou aux croyances. Elle ne reconnaît que des citoyennes et des citoyens. Point.

Lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité revient à réconcilier l’idéal républicain avec la pluralité de notre société contemporaine.

Ce modèle universaliste est singulier. Il est parfois mis à mal ou remis en question. Mais nous devons absolument le préserver. Dans son discours de réception du Prix Nobel de littérature à Stockholm le 10 décembre 1957, Albert Camus exhorta sa génération « à empêcher que le monde ne se défasse ».

J’ai l’intime conviction qu’en luttant contre les discriminations, nous permettrons d’empêcher que la République ne se défasse.

En cette période de mers agitées que traverse notre pays, où les tensions sont légion, où les replis communautaires s’affermissent et où les débats sont inflammables comme jamais auparavant, la tâche de notre génération est immense. Si les réponses à apporter sont multiples, j’ai toutefois l’intime conviction qu’en luttant contre les discriminations, nous permettrons d’empêcher que la République ne se défasse et, parallèlement, que les liens humains qui nous enlacent se raffermissent.

15 janvier 2021