MétroFéminin par Silvia Radelli

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Seules 3 stations de métro parisiennes portent des noms de femmes. Pour inverser la donne, l’artiste Silvia Radelli a revisité la carte du métro parisien à l’occasion de Journée internationale des droits des Femmes en y faisant figurer 100 noms de femmes qui ont marqué l’Histoire.

Cliquez pour découvrir la carte de Silvia Radelli.

« Carte reproduite avec l’aimable autorisation de Silvia Radelli »


Interview de Silvia Radelli, artiste, conceptrice de Métroféminin

 

Vous avez créé en 2014 une carte de métro alternative qui présentait une centaine de stations avec des noms de femmes : que vouliez-vous mettre en lumière par le biais de cette œuvre ?

En créant Métroféminin je voulais inverser la proposition actuelle du plan de métro parisien, c’est à dire choisir uniquement des femmes non pas pour déclarer la guerre aux hommes ou dans un esprit de vengeance mais bien pour souligner l’absurdité et la violence de ce qui se fait aujourd’hui. Face à mon Métroféminin les hommes ont VU ce qu’est la discrimination. 

Avez-vous des exemples d’initiatives, artistiques ou non, qui ont permis de mettre en lumière les femmes ?

Artémisia, qui vient de célébrer son 10e anniversaire, se bat pour la défense et la promotion de la bande dessinée féminine. Les prix annuels qu’elle décerne sont sa manière de militer contre les comportements machistes et pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Artémisia s’élève contre les injustices à l’égard de toutes les femmes créatrices d’images, et combat pour une vraie égalité de traitement. 

Dans votre parcours artistique, qu’est-ce que qui vous a fait vous intéresser particulièrement à la thématique de la visibilité des femmes ?

Je m’intéresse aux femmes invisibles, celles que la tradition néglige ou relègue derrière les murs de leur foyer. Celles-ci sont rendues invisibles et vouées à le rester, quels que soient leurs mérites. Mais je m’intéresse aussi à des femmes reconnues, parfois rendues célèbres, que la culture maintient malgré tout derrière un rideau, dans l’arrière-cour de la gloire. Dans mon Métroféminin, j’ai renommé les stations de métro avec les noms de ces femmes illustres : des femmes qui ont eu droit à l’admiration de leurs pairs dans leurs disciplines respectives (sciences, littérature, arts), mais qui n’ont pas pour autant accédé à une notoriété de premier plan : elles n’ont pas eu droit à leur station de métro ! De fait, le monde des hommes reste encore aujourd’hui le grand ordonnateur de la lumière : il décide qui sera, ou ne sera pas, sous le bon éclairage.

Mais je m’intéresse aussi à la manière dont les hommes mettent en avant ce rôle d’ordonnancement. Parfois ils refusent d’endosser le vêtement et prennent le parti opposé. J’ai ainsi fait des peintures qui montrent des boxeurs et des cow-boys en sous-vêtements féminins, culottes et soutien-gorges. Ces hommes censément très virils, réputés comme les parangons d’un sexe dit fort, faisant se pâmer les foules dans la lumière de leurs combats ne répugnent pas à endosser l’habit du sexe dit faible, habit venant alors compléter la brutalité de leurs coups.