Être administratrice : quelles compétences pour quelles responsabilités?

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Le conseil d’administration (CA) «détermine les orientations de l’activité de la société et veille à leur mise en œuvre.» Dans ce but, il peut «se saisi[r] de toute question intéressant la bonne marche de la société et règle par ses délibérations les affaires qui la concernent». (art. L 225-35 du Code du commerce).

Son action vise à la promotion de l’intérêt social de l’entreprise et à une conduite des affaires dans le respect de ses valeurs, notamment les exigences en termes de responsabilité sociale et environnementale de la société.

Ce rôle déterminant du Conseil explique l’attention donnée par les dirigeants à la sélection de chacun de ses membres, sur la base de leurs compétences, de leur expérience et de qualités personnelles telles que la responsabilité, la réactivité, ou la loyauté.

Quelles sont les compétences à rassembler pour une bonne candidature ?

Tout d’abord, il est nécessaire de pouvoir justifier de compétences et d’expériences qualifiantes, tant au travers de son CV que de par les recommandations qu’une candidate est susceptible d’obtenir d’anciens collaborateurs. L’objectif est de sélectionner des professionnelles qui apportent une véritable valeur ajoutée à l’entreprise grâce à l’exemplarité et la diversité de leurs expériences dans des domaines proches ou pertinents pour la société.

             Les conseils d’administration étant en train de se professionnaliser, pour apporter sa pierre à l’édifice, il est de la responsabilité de chacun de se former.

Marie Claire Pochon, Exec VP Commercial operation Lundbeck Group

S’il n’est pas systématiquement exigé en France d’avoir suivi un parcours certifiant (cf. formations offertes par les réseaux comme l’IFA, Sciences Po, l’ESSEC, etc.), celui-ci est une garantie et un prérequis dans des pays où les pratiques de gouvernance sont exemplaires, à l’instar du Royaume Uni. Au-delà d’une formation initiale dédiée en amont de la candidature, il est nécessaire de s’attacher à vérifier ses compétences au sens large, et à conserver le souci de les actualiser régulièrement en fonction des besoins de l’entreprise.

Une entreprise peut demander à une administratrice de justifier de compétences plus spécifiques, comme une connaissance fine du secteur et de son contexte réglementaire, ou d’une zone géographique et de ses caractéristiques culturelles, d’un réseau particulier, etc. Outre cette spécialisation, il faut garder à l’esprit que le rôle d’une administratrice est aussi d’avoir une certaine hauteur de vue, une vision globale et de savoir dépasser la seule expertise technique afin d’aborder les problèmes dans leur totalité, à l’aune de son expérience.

On ne peut pas bien faire ce travail si on n’a pas une certaine expérience. Un administrateur est coresponsable avec les autres membres du conseil de l’entreprise, il faut avoir traîné ses guêtres, donc avoir …assumé des responsabilités.

Pierre Rodocanachi, administrateur de Vivendi, président du conseil d’Enablon

Un Conseil d’administration (ou de surveillance) est une équipe et chaque membre est recruté en fonction des besoins de celle-ci. Ceux-ci sont variables selon l’entreprise, son actualité et les compétences déjà en place.

Les expériences des membres du CA doivent être complémentaires afin de contribuer à renforcer la capacité décisionnelle du groupe. Un parcours riche, diversifié et comptant plusieurs expériences à des postes à haute responsabilité sera fortement valorisé par les recruteurs.

Quelles sont les obligations d’une administratrice ?

L’administrateur/rice est nommé(e) par l’assemblée générale sur proposition du conseil. Il ou elle est ainsi un représentant des actionnaires choisi par ses pairs. Dans ce contexte, l’administrateur est porteur de fortes responsabilités, mais aussi de devoirs qu’il est utile de connaître avant de s’engager dans une candidature.

Outre les règles de cumul de mandats, l’administrateur doit respecter l’obligation de diligence qui consiste en la nécessité de dédier à sa fonction l’attention et le temps qu’elle mérite, de participer aux réunions du conseil (le taux de présence est publié pour les sociétés cotées), et d’être présent à l’assemblée générale.

L’exigence de loyauté se traduit par l’obligation de résoudre dans la transparence toute situation de conflits d’intérêts à laquelle il ou elle pourrait être exposé(e). Cette loyauté s’exprime aussi à l’égard de l’intérêt social de l’entreprise, en tant que l’administrateur, représentant des actionnaires, doit prendre en compte les attentes de toutes les parties prenantes.

Enfin, d’autres impératifs s’imposent aux administratrices, notamment le devoir de discrétion, la déclaration des opérations sur titre de la société de soi-même et de son conjoint, la transparence sur les revenus perçus d’une société contrôlée ou contrôlant la société administrée ainsi que sur les autres mandats exercés en parallèle.

Être administratrice, c’est engager sa responsabilité

A l’heure où les conseils d’administration sont de plus en plus regardés et interpellés, les juges font évoluer la notion de responsabilité collective jusqu’ici privilégiée en Europe pour prendre en compte de façon croissante la responsabilité individuelle des membres. Sont désormais pris en considération la présence régulière de tel ou tel membre du conseil, la qualité des décisions des membres du CA, la diligence de chacun mais aussi le respect de l’éthique d’indépendance, celui des règles légales ou issues des codes.

Dans un contexte d’évaluation croissante des performances du CA et de chacun des membres du conseil, un tel mandat implique une profonde exigence de professionnalisation et d’engagement personnel, tant et si bien qu’avoir une assurance spécifique est désormais incontournable.

Le défi des nouvelles administratrices : s’adapter à la culture

Les femmes sont encore minoritaires au sein d’un système encore largement dominé par la gente masculine. Il est donc indispensable de savoir analyser les situations en termes d’attitudes, de postures, et de codes. L’objectif n’est pas de «s’assimiler» et de renoncer à ses spécificités car alors la mixité serait en échec et, avec elle la valeur ajoutée par une plus grande diversité de profils au sein des CA et CS (Conseil de surveillance). Il s’agit de s’adapter, d’être au fait des codes d’un modèle encore masculin afin d’être en mesure de s’y intégrer et de proposer ses qualités, expériences et points de vue propres, indépendamment de son sexe.

Pour bien s’intégrer, il ne faut pas s’assimiler, il faut garder ses valeurs, son indépendance, tout en s’intégrant dans un mode de fonctionnement qui existe avant soi. Il faut se glisser dans l’organisation pour ensuite obtenir la reconnaissance des autres

Laure Hauseux, DG adjoint de Virgin Stores et membre du CS de Zodiac

Bien des grands dirigeants du CAC 40 reconnaissent volontiers que la féminisation de leurs conseils a apporté des changements intéressants et pertinents, y compris en termes d’émulation intellectuelle et d’atmosphère professionnelle.


Ces informations très synthétiques peuvent être utilement complétées par la lecture du Guide l’AdministrateurE au Féminin – collectif Women@work 12, des documents de l’IFA et des études de Middlenext