Dixième édition des Dialogues de l’Inclusion et de la RSE à Bercy – Discours de Madame Élisabeth Moreno – 27 mai 2021

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Seul le prononcé fait foi

 

Mesdames et messieurs, bonjour,

Je me réjouis d’ouvrir la dixième édition des Dialogues de l’Inclusion et de la RSE.

Ce matin, j’aimerais vous parler d’engagement et d’espoir.

Non, l’engagement n’est pas un mot usé, flétri par l’immédiateté de la société de consommation dans laquelle nous vivons.

L’engagement, c’est à la fois adhérer à un projet, à un collectif et c’est vouloir transformer ses idéaux en actions concrètes.

L’engagement, c’est donc passer des rêves aux actes.

L’engagement, c’est aussi – peut-être paradoxalement – conquérir sa liberté.

Et comme l’écrivit Jean-Paul Sartre : « être libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir ce que l’on peut ».

Chèrement conquise, durement arrachée, notre démocratie suppose l’engagement des citoyens pour la faire vivre.

L’engagement en est donc le creuset.

Mais il n’y a pas d’engagement sans espoir.

L’espoir nourrit les rêves et, avec l’engagement comme vecteur, l’espoir permet de transformer le monde.

Dans la période de mers agitées que nous traversons depuis 2020, nous avons plus que jamais besoin d’espoir et d’engagement.

Pour prendre le contre-pied d’un célèbre Prix Nobel de littérature, notre tâche aujourd’hui n’est plus d’empêcher que le monde ne se défasse, mais plutôt d’en édifier un nouveau.

Refonder un monde dont la triple crise sanitaire, économique et sociale a constitué un révélateur, un miroir grossissant des scories et des vulnérabilités.

Je sais que vous tous, ici présents ce matin, partagez ma conviction.

Je sais que l’espoir et l’engagement sont pour vous aussi des leitmotive.

Notre rôle, en tant que responsables politiques, acteurs publics, chercheurs ou entreprises, à la place privilégiée qui est la nôtre, est de nous battre pour ceux qui au quotidien subissent la crise qui s’est abattue sur nous. 

Ceux-là mêmes qui, en étant aux premières loges, sont aussi en première ligne.

Nous nous devons d’être au rendez-vous.

Et oui, nous avons – je le crois – une dette envers les générations futures ; ces générations qui hériteront du monde que nous avons bien voulu construire ou se résigner à construire.

Refaire ce monde implique dès lors de placer au cœur de toutes nos actions les valeurs que vous portez et qui alimenteront vos discussions aujourd’hui :

  • L’éthique
  • L’inclusion
  • La solidarité
  • La transition écologique
  • Et l’économie responsable

En d’autres termes, il s’agit de mener une véritable « révolution pacifique ».

Une « révolution pacifique » au service de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Une « révolution pacifique » au service de celles et ceux qui ont le moins.

Une « révolution pacifique » pour arracher au cœur de chacun les sentiments de la désespérance, de la résignation et de l’injustice.

Conscients par avance de nos défaillances sur ce si long et ambitieux chemin, nous devons tracer ce sillon avec détermination.

Nous n’avons ni le droit de reculer, ni de fléchir.

Car il y a urgence.

Les nouvelles générations nous le demandent ; elles poussent des cris d’alarme légitimes face auxquels nous ne pouvons demeurer ni sourds ni inertes.

Et pour reprendre les mots d’Esther Duflo : « il y a toujours quelque chose à faire pour changer le monde ».

***

Pour livrer cette bataille – car il s’agit bien d’une bataille –, les entreprises constituent un formidable levier pour faire vivre l’espoir et l’engagement.

Parce qu’elles sont un reflet brut de notre société, parce qu’elles sont au cœur de toutes les évolutions du monde, c’est pour elles à la fois une lourde responsabilité et une immense chance de pouvoir contribuer à l’édification d’une société plus juste, plus inclusive et plus égalitaire. 

Dans l’édification de ce monde post-Covid qui s’offre à nous, les entreprises ne sont donc pas un problème mais l’une des solutions.

Avant d’occuper les fonctions ministérielles qui sont les miennes, j’ai passé trente ans en entreprise.

Et j’en ai forgé une conviction profonde : ce sont les entreprises citoyennes, les entreprises responsables qui – demain – seront les plus performantes et les plus attractives.

Ce sont elles qui demain auront une longueur d’avance sur les autres.

Et « demain » se construit « aujourd’hui ».

Cette transformation a d’ores et déjà commencé.

***

Permettez-moi de m’arrêter un instant sur ce que je considère comme une « avancée historique » que nous sommes sur le point de réaliser.

Cette avancée historique, c’est le vote de la proposition de loi portée par Marie-Pierre Rixain et Christophe Castaner, et qu’avec Bruno Le Maire, Élisabeth Borne et Agnès Pannier-Runacher, nous soutenons résolument.

Cette proposition de loi constitue une étape majeure dans le combat que nous menons pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

De la place des femmes dans les instances dirigeantes des entreprises à l’aide aux familles monoparentales en passant par l’entrepreneuriat féminin, elle s’adresse à toutes les femmes.

Car oui, les inégalités restent légion.

Dans le monde :

  • Les hommes détiennent 50% de richesses de plus que les femmes
  • Selon ONU Femmes, 51% des femmes actives occupent un emploi précaire à l’échelle internationale contre 48% pour les hommes
  • Et les femmes assurent plus des trois quarts du travail domestique ni rémunéré ni reconnu

En France :

  • À poste et compétences égales, l’écart salarial entre les femmes et les hommes s’élève à 9%
  • 78% des emplois à temps partiel – majoritairement subis – sont occupés par des femmes
  • Et les femmes touchent des retraites inférieures de 42% aux hommes

Je vous le dis avec détermination : ces inégalités ne sont plus acceptables.

Elles ne sont d’autant moins acceptables que les femmes ont été et sont encore en première ligne face à la crise.

Rétablir l’égalité n’est donc pas leur accorder une faveur.

Rétablir l’égalité n’est pas leur faire la charité.

Rétablir l’égalité, c’est réparer une injustice.

Comme l’écrivit Louise Michel dans ses Mémoires, « la place des femmes dans l’humanité ne doit pas être mendiée, mais prise ».

Alors oui, dans le sillon tracé par Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi ou Simone Veil, je vous l’affirme haut et fort ce matin : cette place, nous la prenons.

Et je fais confiance aux parlementaires pour adopter cette proposition de loi qui, en toile de fond, revêt de multiples enjeux entremêlés :

  • Des enjeux de justice sociale
  • D’égalité
  • Mais de compétitivité et d’attractivité

Grande cause du quinquennat du Président de la République, l’égalité entre les femmes et les hommes est une priorité du Gouvernement et de la majorité qui se traduit en actes.

Cette Grande cause est un combat de longue haleine.

Un combat encore inachevé.

Et l’un des piliers de ce défi culturel ; c’est l’égalité professionnelle.

***

Nous devons donc faire de l’égalité la règle et non plus l’exception.

Pour atteindre cet objectif, l’Index de l’égalité professionnelle a été créé par le Gouvernement via la loi du 5 septembre 2018.

Il concerne désormais toutes les entreprises d’au moins cinquante salariés.

Son obligation de transparence est aujourd’hui bien intégrée et a déjà porté ses fruits.

Mais la dernière vague 2021 nous a cependant révélé l’ampleur du travail qu’il nous reste à accomplir :

  • Seulement 2% des entreprises ont obtenu la note de 100 / 100, qui devrait être la norme
  • Et 43% des entreprises ne disposent d’aucune ou de seulement une seule femme parmi leurs 10 plus hautes rémunérations

Face à cette situation, avec Élisabeth Borne, nous considérons qu’il est nécessaire de redoubler d’efforts en termes de mesure des progrès réalisés.

Les entreprises doivent se doter d’objectifs ; des objectifs mesurables puis mesurés.

Car ce que l’on ne compte pas, ne progresse pas et ne se transforme pas.

***

Mesdames et messieurs,

Les combats pour la parité et pour l’inclusion ne sont pas des combats idéologiques.

Ils ne sont ni de gauche, ni de droite.

Ils n’opposent pas non plus les femmes aux hommes ; ni une génération à une autre.

Et il ne s’agit pas de cocher une case dans un rapport RSE à la fin de l’année ni d’ajouter une note de bas de page à un programme politique.

Ces combats vont bien au-delà.

Si, d’une certaine manière, ils nous dépassent, nous devons néanmoins les saisir.

Ce matin, je lance donc un appel.

Un appel à toutes les entreprises afin qu’elles se joignent à nous pour construire ce monde plus inclusif et plus juste. 

Un appel pour qu’elles nous accompagnent dans cette transformation et qu’elles nous aident à faire de l’égalité une égalité réelle pour tous.

Une nouvelle fois, je tiens à vous remercier de m’avoir conviée ce matin et je vous félicite pour la tenue de cette dixième édition.

Discours d’Élisabeth MORENO – Dixième édition des Dialogues de l’Inclusion et de la RSE à Bercy
Discours d’Élisabeth MORENO – Dixième édition des Dialogues de l’Inclusion et de la RSE à Bercy