Discours d’Élisabeth Moreno – Conseil présidentiel pour l’Afrique – 05.02.21

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Discours de Madame Élisabeth Moreno

Ministre déléguée auprès du Premier ministre

chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances

 

Le 5 février 2021

 

| Clôture du Tour de France de l’entrepreneuriat du Conseil présidentiel pour l’Afrique |

 

Seul le prononcé fait foi

 

Introduction

Monsieur le ministre, cher Franck,

Monsieur le coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique, cher Wilfrid,

Mesdames et messieurs, bonjour,

Je suis très heureuse d’intervenir à l’occasion de cette dernière étape du Tour de France de l’entrepreneuriat du CPA.

J’avais eu la chance de participer à votre étape marseillaise en novembre dernier et je me réjouis d’être à vos côtés pour la clôture de vos conférences itinérantes.

Je tiens donc, cher Wilfrid, une nouvelle fois à vous remercier pour votre invitation.

***

Je ne vais pas vous appesantir avec mon parcours personnel, mais comme certains d’entre vous le savent, il est totalement imprégné de mélanges et d’échanges entre la France et l’Afrique.

Qu’il s’agisse de ma vie personnelle ou de ma vie professionnelle, je n’ai cessé d’enjamber la Méditerranée.

L’Afrique et la France font partie de mon identité, comme beaucoup d’entre vous.

Comme les deux faces d’une même pièce, elles m’habitent au quotidien, sans jamais se confondre ni s’opposer ; mais en s’entremêlant en permanence, en s’additionnant constamment l’une à l’autre. 

Et je suis extrêmement fière de cette double culture, de cette double appartenance.

Je sais que mon cas est loin d’être isolé. Nous sommes des millions à vivre chaque jour ce « métissage identitaire ».

***

Je ne vous apprendrais rien en vous disant :

  • Que l’Afrique et la France ont un destin commun
  • Que leurs Histoires sont mêlées
  • Que leur avenir respectif, pour des raisons multiples, ne peut se délier l’un de l’autre

Et il s’agit pour moi d’une excellente nouvelle.

Je ne vous apprendrais rien non plus en vous disant que l’Afrique est aujourd’hui profondément ancrée dans la mondialisation.

Qu’elle n’est pas à la marge du village global dans lequel nous vivons.

Je ne vous apprendrais rien enfin en vous disant que l’Afrique est multiple.

Qu’elle n’est nullement homogène. Il existe « des Afriques », bien plus qu’un seul et même continent.

Vous et moi connaissons le dynamisme de ce continent et des cinquante-quatre pays qui le composent.

Le dynamisme de sa jeunesse mais aussi de ses séniors.

Le dynamisme de ses femmes.

Le dynamisme de ses entrepreneurs et de ses étudiants.

Nous savons à quel point l’Afrique est ancrée dans le XXIème siècle. Et qu’elle en est même parfois à la pointe.

Et qu’elle se réinvente chaque jour pour répondre aux nombreux défis auxquels elle est confrontée.

Et j’ai une conviction profonde : l’Afrique sera à l’épicentre des enjeux du XXIème siècle.

***

L’Afrique et la France ont une part d’identité commune.

L’Afrique et la France sont étroitement liées par une histoire entrelacée, avec ses pages sombres et ses heures glorieuses.

Au-delà de la grande Histoire, il y aussi les petites histoires.

Ces petites histoires individuelles qui participent à l’écriture de notre Histoire collective.

Ces petites histoires : ce sont celles de nos grands-parents, de nos parents, de nos sœurs, de nos frères, parfois de nos enfants qui ont décidé, un jour, de franchir la Méditerranée ; passant d’une rive à l’autre, à la recherche d’un avenir meilleur.

Résultat : la France est aujourd’hui plurielle et, en miroir, l’Afrique s’enrichit de celles et ceux qui s’y installent ou qui s’y réinstallent, qui y voyagent ou qui y investissent.

Certains d’entre vous le savent, avant d’embrasser les missions qui sont les miennes aujourd’hui, j’ai passé du temps sur le continent dans le secteur de la tech.

Et j’y ai croisé de nombreux membres de la diaspora ou des ultra-marins qui créent des ponts culturels, économiques et humains reliant l’Afrique à la France.

Je pense, par exemple, à Mayotte et à la Réunion, si proches de l’Afrique de l’Est ou de Madagascar.

Et je pense aussi à Olivier LAOUCHEZ qui vous racontera certainement son parcours sud-africain inspirant.

Cette richesse a été trop longtemps occultée ; ces opportunités trop longtemps passées sous silence.

Elles sont pourtant un atout indéniable, pour tous.

Mais pour cela, les millions de nos compatriotes disposant d’une double culture, de racines étirées de part et d’autre de la Méditerranée, doivent être placés au cœur de notre pacte républicain.

***

Lors de son discours de Ouagadougou, le Président de la République a présenté ses ambitions pour renouveler la relation entre la France et l’Afrique.

Emmanuel MACRON y a notamment souligné sa volonté de valoriser le rôle des diasporas africaines en tant qu’acteur économique, et ce en encourageant l’entrepreneuriat et l’innovation.

Nous touchons là au cœur de votre conférence-débat et à l’essence même du Conseil présidentiel pour l’Afrique. 

Et je considère qu’il s’agit d’une voie essentielle, d’un moyen primordial pour rénover, pour refonder les relations entre notre pays et le continent africain.

Car la dynamique entrepreneuriale est extrêmement présente de part et d’autre de la Méditerranée.

Et cette dynamique entrepreneuriale porte en elle – parfois sans le savoir – les germes d’une relation renouvelée.

Les diasporas y jouent un rôle essentiel. Un rôle moteur de progrès.

En tant que traits d’union entre les deux rives de la Méditerranée, elles tissent un fil qui nous relie les uns aux autres. Un fil extrêmement précieux.

Dans ce monde globalisé, notre double culture est un atout inestimable pour faire gagner l’Afrique et la France.

Car les personnes issues de la diaspora parlent bien souvent plusieurs langues, comprennent plusieurs cultures, n’ont pas peur de prendre des risques et sont plus adaptables.

Quelle fierté de pouvoir contribuer au développement du pays de nos parents ainsi qu’à celui qu’ils ont choisi pour nous.

En d’autres termes, les diasporas ont l’opportunité de créer les bases d’un narratif nouveau entre la France et l’Afrique.

Un narratif fondé sur l’écoute, sur le dialogue et sur une meilleure connaissance mutuelle.

C’est l’ambition du Président de la République et, je le sais, c’est la vôtre également.

Vous êtes une chance pour notre avenir.

Et c’est bien votre dynamisme qui nous réunit aujourd’hui.

Un dynamisme qui porte en lui des enjeux d’inclusion, d’autonomisation, de réussite et d’émancipation.

Parmi ces parcours d’entrepreneurs, je voudrais aussi particulièrement saluer la place de plus en plus importante occupée par les femmes qui portent en elles l’avenir de l’Afrique.

***

Dans ce processus, le CPA joue un rôle fondamental.

En donnant un cap, en mettant la lumière sur les diasporas et ses talents, en apportant des solutions concrètes aux entrepreneurs qui en sont issus, en réunissant acteurs publics, privés et société civile autour d’une même table, vous faites office à la fois de passerelle et de boussole.

C’est pourquoi je tiens, cher Wilfrid, à vous remercier à nouveau pour votre engagement ainsi que toute votre équipe à vos côtés.

***

Néanmoins, le chemin pour faire des diasporas un levier reste encore long.

En effet, le sondage OpinionWay que vous allez nous dévoiler tout à l’heure donne pour la 1ère fois la parole aux Français d’origine étrangère.

Et soyons lucides : il révèle une forme de « malaise ».

73% des personnes interrogées considèrent que l’intégration des personnes d’origine étrangère dans la société française fonctionne mal.

Les trois quarts estiment que l’égalité des chances n’est pas respectée dans notre pays.

Et c’est la question des inégalités qui arrive en tête des enjeux les plus importants, devant l’éducation puis l’emploi.

Permettez-moi de m’arrêter quelques instants sur ce sujet ô combien important.

Je l’affirme haut et fort devant vous : il ne peut subsister dans notre République d’égalité à plusieurs vitesses.

Il ne peut subsister de citoyennes ou de citoyens relégués à la remorque de notre société, voire « invisibilisés ».

L’égalité n’est pas un mot talisman, ni un slogan.

L’égalité doit être du concret, du pragmatisme.

Car s’ils restent largement attachés à ses valeurs comme le révèle votre sondage, beaucoup de nos concitoyens désespèrent de notre République.

Tandis qu’en parallèle, d’aucuns en profitent pour en attaquer les principes et les fondamentaux.

Nous avons donc l’obligation de redonner confiance en ce modèle.

Et pour paraphraser Albert CAMUS, qui avait lui aussi le cœur entre les 2 rives de la Méditerranée, nous avons l’obligation d’ « empêcher que la République ne se défasse ».

Il s’agit d’une double obligation d’action et de résultats.

L’égalité des chances est donc plus que jamais une priorité. C’est notre fil rouge jusqu’à la fin du quinquennat.

C’est pourquoi nous devons agir.

Agir vite et fort.

Et c’est pourquoi le Président de la République a décidé de lancer une grande consultation citoyenne sur les discriminations qui sera portée par mon ministère très prochainement.

L’objectif est de donner la parole aux Français et d’obtenir des remontées d’informations sur toutes les situations de discriminations subies par nos concitoyens et d’y apporter des réponses concrètes et efficaces à toutes ces injustices qui sont des atteintes à la dignité et brisent les rêves et les ambitions.

Car les discriminations ne sont pas uniquement des statistiques.

Elles affectent la vie de millions de nos concitoyens et, par effet domino, elles minent notre cohésion sociale.

En parallèle, nous souhaitons créer une plateforme avec le Défenseur des droits afin de traiter les situations de discriminations au sens large du terme, c’est-à-dire aussi bien celles qui interviennent dans l’emploi que dans le logement, l’éducation, la santé, la culture ou l’accès au financement bancaire.

Je travaille pour cela en étroite collaboration avec les associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme telles que la LICRA ou SOS Racisme, ainsi qu’avec les associations locales qui s’engagent aussi bien dans les quartiers que dans les zones rurales.

Cette plateforme constituera un moyen simple et efficace de mettre la lumière sur des discriminations trop longtemps restées dans l’ombre.  

Il ne s’agit pas de stigmatiser.

Il ne s’agit pas d’assoir les uns sur le banc des victimes et les autres sur le banc des accusés, mais tout simplement de rétablir l’égalité et donner la possibilité à chacun de s’accomplir.

Aussi, parce que la diversité de notre « France plurielle » doit pouvoir se déployer pleinement dans tous les domaines et à tous les échelons de notre société, je propose de créer un Index de la diversité.

Un outil de mesure qui permettra d’établir une photographie du niveau d’inclusion réel d’une organisation professionnelle, publique ou privée, afin d’y apporter des solutions.

J’ai l’intime conviction que lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité, c’est au bout du compte réconcilier l’idéal républicain avec la pluralité de notre société contemporaine.

En d’autres termes, c’est permettre à chacune et à chacun de déployer ses ailes.

***

Mesdames et messieurs,

En conclusion : je voudrais vous faire passer un dernier message.

Dans la période de mers agitées que traverse le monde, les diasporas sont porteuses d’espoir.

Elles créent des solidarités.

Elles créent du dialogue.

Elles créent de l’énergie.

Elles créent de la valeur.

Nous avons donc absolument besoin de cette société civile en éveil et en action ; en France comme en Afrique.

Et je remercie tous les acteurs qui croient en sa force.

Je remercie notamment les équipes du CPA, de l’AFD, de Bpifrance, de Business France ainsi que d’Expertise France qui sont mobilisées à travers les programmes Meet Africa 2, le Pass Africa ou encore nos VIE et nos VIA, véritables ambassadeurs des 2 rives.

L’État a sa part à jouer pour permettre à la diaspora de déployer les moyens de sa réussite.

Merci aussi à tous les entrepreneurs engagés.

Vous êtes les visages de cette nouvelle relation entre la France et l’Afrique.

Vous êtes les ponts dont nous avons besoin pour écrire les pages d’une histoire nouvelle.

Une histoire nouvelle qui nous dépasse.

Car comme l’écrivait Léopold SÉDAR SENGHOR : « nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».

Sur ces quelques mots, je vous souhaite à toutes et à tous une très belle journée riche en débats.

Je vous remercie.

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