Discours de Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes, à l’occasion de « Planète PME » (17 juin 2015)

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Seul le prononcé fait foi

Mesdames,  messieurs,

Je vous remercie de m’accueillir ce matin pour la séance plénière restituant les travaux de votre groupe sur l’entreprenariat au  féminin.

Les chiffres sont désormais trop connus :

  • seul un entrepreneur sur 3 est une femme, seul un créateur d’entreprise innovante sur 10 est une femme.

Pourtant, les femmes sont attirées par l’entreprenariat, comme leurs homologues masculins.  20% des femmes comme des hommes souhaiteraient monter leur entreprise.
C’est donc un potentiel considérable, de plusieurs millions d’entreprises, qui ne voit pas le jour !

Que manque-t-il alors pour que les femmes se lancent dans cette aventure ?

J’ai coutume de dire : rien.

Aujourd’hui aussi diplômées que les hommes, aussi motivées,  aussi inventives, elles devraient être aussi nombreuses à se saisir de cette opportunité.

Je crois donc que ce qui entrave aujourd’hui les  femmes potentielles entrepreneures, ce sont  les freins sociaux, les stéréotypes. Il faut les combattre. J’ai noté dans la restitution de vos travaux que vous étiez parvenus aux mêmes conclusions que moi.

Ce combat contre les stéréotypes qui s’imposent aux femmes, je le conduis à  travers le  plan pour l’entreprenariat au féminin, lancé par le gouvernement en 2013..

Il a pour ambition de faire passer le nombre de créatrices d’entreprises de 30 à 40% en 2017.

Il comprend trois piliers.

1 – Il encourage les vocations, au travers par exemple de la semaine de sensibilisation à l’entreprenariat au féminin, ou au site elles entreprennent. J’ai noté dans vos travaux que vous parliez d’ « agir en amont pour semer la petite graine », et je  crois que vous avez raison.

Tous les exemples, montrés aux jeunes, ou aux moins jeunes, femmes, sont autant d’occasion pour elles de se dire  « pourquoi pas moi ? ».

C’est pourquoi vos trophées de l’entreprenariat au féminin sont importants. Ils montrent que des femmes réussissent à monter de belles entreprises dans des domaines variés : innovations, nouvelles technologies, économie sociale et solidaire.

Cet encouragement fonctionne : la semaine de sensibilisation à l’entreprenariat au féminin rencontre un succès croissant, doublant chaque année les interventions dans les écoles, collèges, lycées ! Cette année, ce sont ainsi 10 200 jeunes qui ont bénéficié d’une rencontre avec une femme entrepreneure, organisée par l’association 100 000 entrepreneurs.

2 – Le plan entreprenariat au féminin  accompagne les projets des femmes.
Vous l’avez dit : devenir entrepreneur ne s’improvise pas. Il est utile de disposer d’un soutien technique et concret, sur le développement financier, commercial, industriel, d’une entreprise. Le passage de la bonne idée à la belle entreprise nécessite une ténacité qu’il faut soutenir.

Ce soutien, et cette mise en réseau des compétences, est le rôle des associations, des plus spécialisées comme les Pionnières, aux plus généralistes, et aussi des chambres consulaires et des organisations interprofessionnelles comme la CGPME.

Cet accompagnement contribue à  rendre  viables les projets. Je sais d’ailleurs que, dans de nombreux réseaux, une réflexion est engagée sur la durée de l’accompagnement. Habituellement de trois ans, cette durée est actuellement souvent proposée, jusqu’aux cinq ans des entreprises, afin de passer de la phase de développement à la phase de croissance des entreprises.

3 – Enfin le plan facilite le financement.
Si certaines banques sont désormais conscientes du potentiel de croissance représenté par les entreprises montées par des femmes, d’autres ne l’ont pas encore compris.

Le Fond de Garantie à l’Initiative des Femmes a alors vocation à  rassurer les prêteurs. Ce fond  s’avère  très utile : chaque année, son importance augmente. Il a ainsi soutenu en 2014 : 1 863 projets.

Le taux d’utilisation effective de la garantie montre la confiance que nous pouvons avoir dans les projets des femmes, puisque  80% des prêts adossés à cette garantie ne l’utilise finalement pas.

Devant ce succès, et pour que les femmes puissent voir plus grand, et que les banques les accompagnent plus loin, le montant garanti passera cette année de 27 000€ à 45 000€.

Par ailleurs, un fond européen pour l’investissement viendra consolider  l’utilisation de cette garantie, lui donnant encore de l’essor.

Ce plan, constitué en 2013, suscite un grand enthousiasme de ses partenaires : la Caisse des dépôts, trois réseaux bancaires, 14 réseaux d’accompagnement, les chambres consulaires et l’ensemble des régions ont œuvré depuis cette date pour le déployer au cœur de tout le territoire français..

Toutes les régions sont désormais couvertes par un plan d’action régional, qui permet, en tenant compte des spécificités économiques et sociales locales, de développer les entreprises partout en France. Car vos travaux le soulignent également : le lien avec le territoire est indispensable pour les jeunes entreprises.

Et d’ailleurs, le renouvellement de la convention cadre avec la Caisse des Dépôts en février met bien en avant cette dimension locale dans la détermination de trois objectifs centraux.

  • premièrement, le développement de l’entreprenariat des femmes dans les territoires ruraux. Dans ces territoires, la création d’entreprise est à la fois un facteur de dynamisme économique et de cohésion sociale, car elle crée de l’emploi local.
  • deuxièmement, le développement de l’entreprenariat des femmes dans les quartiers de la politique de la ville. Les enquêtes montrent ainsi que sur ces territoires, l’accès aux institutions et aux financements est moins important, et nous devons accompagner plus fortement les projets des femmes qui y habitent.
  • Troisièmement, la reprise d’activité. Mon expérience en Picardie me rend particulièrement sensible à ce sujet : nous avons en France de belles entreprises, dont la disparition serait un risque social, économique, et une perte de savoir faire.
    Pour éviter cela, il faut accroître le nombre de repreneurs potentiels, et comment mieux qu’en incitant la moitié de la population à  s’engager encore plus dans cette voie. Là encore, les femmes constituent un potentiel insuffisamment exploité.
    Pour cela, il faut qu’elles soient plus et mieux informées des entreprises à reprendre, et que les réseaux bancaires acceptent de leur faire plus confiance. Les CCI ont ici un rôle d’information et d’accompagnement, central.

Vous le voyez, le gouvernement, et à ses côtés l’ensemble des acteurs économiques, associatifs, financiers, sont fortement mobilisés autour de ce réservoir de croissance que constitue l’entreprenariat féminin.

Car tous ont compris que la création d’entreprise par les femmes était un enjeu majeur.

  • un enjeu pour les femmes, qui peuvent, en créant leur emploi et en réalisant leurs projets, devenir plus libres et autonomes.
  • un enjeu pour notre économie, par le développement de la créativité, et en renforçant son attractivité.
  • un enjeu pour la cohésion sociale, en créant des emplois.

C’est pourquoi je crois votre démarche utile et importante, afin de  joindre toutes nos forces, toutes nos idées, au service de  l’entreprenariat au féminin.

Je vous remercie.