Discours de Pascale Boistard lors du lancement du Réseau des entreprises pour l’égalité – 24 juin 2015

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Seul le prononcé fait foi

Discours d’introduction :

 

Mesdames et messieurs les dirigeants d’entreprises,

Mesdames et messieurs engagés sur l’égalité professionnelle,

Mesdames et messieurs,

Aujourd’hui encore, les femmes ne sont pas les égales des hommes sur le marché du travail leur taux d’emploi à 66% est encore inférieur de 8 points à celui des hommes :

  • 30% sont à temps partiel (contre 7%pour les hommes)
  • Elles ont un choix de métiers plus restreint : 12 familles professionnelles concentrent plus de 50% des femmes
  • Elles sont moins souvent à la tête des organisations
  • Leur niveau de rémunération est inférieur d’un quart { celui des hommes.

La politique publique que je conduis vise à lutter contre ces inégalités intolérables.
Un rapport sera remis demain au conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes qui expose l’ensemble de la politique menée depuis 2012. Il sera sur notre site internet très rapidement.

Je vais ce soir vous la résumer autour de trois grands objectifs .

Le premier est l’insertion professionnelle des femmes

Munies des mêmes diplômes, les jeunes femmes ont plus de difficulté à trouver un CDI que les jeunes hommes. Plus tard, les interruptions liées aux grossesses et aux jeunes enfants, ainsi qu’aux congés parentaux, les temps partiels, peuvent empêcher les femmes de retrouver un emploi.

C’est pourquoi nous mettons en place des accompagnements adaptés à ces femmes, et notamment à celles qui habitent des quartiers où l’emploi est moins accessible, ou bien qui ont passé un temps long hors du marché du travail.

C’est pourquoi également nous travaillons avec les secteurs d’activité, tels les services { la personne, qui proposent aujourd’hui des contrats de travail trop courts qui ne permettent pas l’indépendance financière.

C’est pour ces femmes également, notamment lorsqu’elles ont { leur charge des enfants, que nous avons renforcé les soutiens publics { leur pouvoir d’achat, de la garantie de paiement des pensions alimentaires, à la prime d’activité, en passant par la revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire ou de l’allocation de soutien familial.

L’ insertion professionnelle peut également passer par la création de sa propre entreprise et de son propre emploi, et c’est pourquoi nous conduisons un ambitieux plan pour l’entreprenariat au féminin, qui vise le taux de 40% de créatrices d’entreprise contre seulement 30% aujourd’hui.
Le deuxième objectif est la mixité des métiers
En effet, nous considérons qu’il est essentiel qu’hommes et femmes choisissent leurs métiers en fonction de leurs affinités et non de leur sexe. Or, seuls 12 familles professionnelles sur 87 sont mixtes.

Pour combattre le fait que la quasi-totalité des assistantes maternelles sont des femmes et la quasi-totalité des programmeurs informatiques des hommes, nous avons constitué une plate forme pour la mixité des métiers, qui doit permettre en 2025 d’atteindre un tiers de métiers mixtes contre 12% aujourd’hui.

Cette plate forme concerne tous les acteurs influents dans le choix et l’exercice d’un métier : l’éducation nationale, les acteurs de l’orientation, les secteurs professionnels, les acteurs qui sensibilisent le grand public.

Enfin, notre troisième objectif est l’égalité sur le marché du travail
Depuis 30 ans, de nombreuses lois ont encadré l’égalité professionnelle au sein des entreprises.
Après l’abolition de la notion de salaire d’appoint, les lois ont posé le principe d’un salaire égal pour un travail égal, puis pour un travail de valeur égale. Les lois ultérieures ont posé des objectifs chiffrés de la présence de femmes dans les instances de gouvernance, et des outils d’analyse et de correction des inégalités dans les entreprises.

La loi pour le dialogue social en cours de discussion au Parlement transforme ces outils. En simplifiant les modalités de négociation des entreprises, elle les rendra plus efficaces. La base de données unique maintient l’exigence de pilotage de 9 domaines d’analyse de la situation des femmes et des hommes dans l’entreprise.

Le thème de l’égalité professionnelle est placée au centre de la négociation annuelle obligatoire sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et la qualité de vie au travail. Elle exige de faire le point sur l’égalité dans la négociation obligatoire sur les rémunérations, mais aussi dans celle sur les parcours professionnels. Comme auparavant, les accords ou plans d’action seront déposés et contrôlés par l’administration. Les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations seront financièrement sanctionnées.

Enfin, cette loi améliore la présence équilibrée des femmes et des hommes dans les instances de représentation, au sein des entreprises, mais aussi au niveau des commissions régionales représentant les petites entreprises.

Les lois posent le cadre et les objectifs de l’égalité.

Sa réalisation concrète ne peut se faire qu’au sein des entreprises.

C’est pourquoi, au-delà des lois, les outils de mobilisation des acteurs sont si importants.

Les labels Permettant d’offrir un cadre et des objectifs aux politiques d’égalité et de diversité des entreprises, ces labels seront, dès cet été, rénovés ; ils seront plus simples d’accès et moins coûteux. J’espère ainsi qu’un grand nombre d’entreprises vont s’engager dans la double labellisation et je vous invite dès à présent à cela.

  • les conventions – dont nous aurons l’occasion de reparler { la fin de cette séance -,
  • les palmarès, qui permettent à chacun de positionner ses efforts,
  • l’accompagnement au niveau national via notre site ega pro.fr et au niveau local via les réseaux associatifs et les partenaires sociaux sont d’autres moyens de faire progresser le sujet de l’égalité.

La réunion de ce soir, et le réseau des entreprises engagées pour l’égalité que nous lançons, participe à ce mouvement de mobilisation
Depuis mon arrivée, j’ai été souvent sollicitée par des entreprises qui m’ont confié leur souhait d’échanger avec d’autres organisations ou entreprises sur des actions concrètes.
Car si tout le monde s’entend sur l’objectif, les moyens qui permettent de l’atteindre, ne sont pas évidents, tant les raisons conduisant aux inégalités sont complexes.
Il est donc utile de partager les expériences, les succès mais aussi les fausses bonnes idées.

Constitué

  • d’entreprises qui ont réalisé des actions et d’entreprises qui s’interrogent encore sur la manière de mobiliser sur ce sujet,
  • de grandes entreprises et de plus petites,
  • d’entreprises très féminisées et d’autres moins,
  • d’entreprises internationales et d’autres nationales,

ce réseau a pour objet de vous réunir autour de problématiques d’égalité qui vous sont communes.

Il doit permettre :

  • de prendre un peu de recul, en donnant le cadre général des inégalités, permettant ainsi de vous situer dans l’environnement national. Mais surtout, ce réseau
  • d’échanger sur des solutions concrètes, pratiques, parfois toutes simples comme vous allez le voir, mais qui fonctionnent réellement, qui font réellement progresser l’égalité.

La réunion de ce soir est consacrée à l’égalité salariale.
Deux autres réunions seront programmées, sur des sujets qui nous semblent également centraux, que sont

  • la promotion des femmes et la mixité à tous les niveaux de l’entreprise. Cette réunion est prévue le 9 octobre, le jour de la remise du palmarès de la féminisation des instances dirigeantes
  • la question de l’organisation du temps de travail, prévue { la fin de l’année 2015.

Gisèle Szczyglak, qui va animer pour nous ce réseau, va vous décrire brièvement le fonctionnement que nous proposons, et dont, j’espère, vous allez vous emparer pour faire vivre un réseau actif autour de toutes les initiatives que vous prenez pour favoriser l’égalité dans vos entreprises entre les femmes et les hommes.

Merci donc de votre engagement et de votre intérêt, et bonne séance.

 


 

Discours sur les conventions

 

Déjà 27 entreprises ont signé avec mon ministère une convention en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, depuis 2012,

Une partie d’entre elles sont représentées ici ce soir. Je sais les autres intéressées par cette démarche d’échange.

Pour les entreprises, ces conventions sont un engagement public de leur action. Et aussi un moyen de se doter d’objectifs toujours plus ambitieux pour faire advenir l’égalité réelle.

Les conventions actuelles portent sur quatre sujets :

  • La mixité des métiers
  • La progression des femmes dans l’entreprise, avec des objectifs chiffrés pour les comités exécutifs et les comités de direction.
  • L’articulation des temps de vie, et en particulier la gestion des retours de congés maternité et parentaux et l’incitation des pères { partager les tâches parentales.
  • La transmission de bonnes pratiques auprès des PME – TPE

Chaque entreprise a proposé des actions qui correspondent aux pratiques de son secteur d’activité, de sa taille, de son implantation, de son taux de féminisation, de ses besoins en recrutement.

Toutes ont fixé des objectifs de progression.

A l’issue de 18 mois de vie de ces conventions, j’ai souhaité en faire un bilan. Vous, entreprises conventionnées, avez accepté de répondre aux questions du service des droits des femmes , et de faire avec nous le point sur vos avancées. Je vous en remercie. Je voulais indiquer en quelques mots la richesse des actions que vous avez conduites, au-delà des quelques expériences que nous avons mis ce soir en lumière.

Beaucoup d’entreprises ont construit un diagnostic qui va au-delà des obligations légales. Accenture suit mensuellement les promotions. HSBC a installé une commission pour suivre les chiffres, Randstad et Schneider electrics , ont présenté leurs outils.

Certaines pensent ces inégalités salariales dans le cadre plus général du label égalité,. Je pense à Axa, BNP Paribas ou Casino.

Nombre d’entre vous ont mis en place des mesures de rattrapage, telles Air France ou LVMH. Pour compenser les inégalités qui sont plutôt liées à la carrière, des entreprises ont mis en place des revues des talents, comme Areva ou EADS. Symboliquement, Engie a placé { son conseil d’administration plus de femmes que d’hommes.

D’autres, identifiant à juste titre comme un moment crucial le retour de congé maternité, ont prévus des dispositions de rattrapage à son issu, comme Axa, la Caisse des Dépôts ou encore la SNCF et Total. Carrefour travaille sur le temps partiel subi.

Résultat de leurs efforts, plusieurs entreprises ont des inégalités très faibles par rapport à la moyenne nationale ; c’est le cas par exemple d’Orange, Accor, Coca Cola, EDF, Michelin , Orangina ou La Poste, cette dernière étant historiquement une entreprise de lutte pour l’égalité.

Ces quelques exemples n’épuisent bien sûr pas les actions que vous avez conduites.

Mais ils montrent que des solutions existent, et, plus important encore, qu’elles fonctionnent. Cela justifie { mon sens pleinement la démarche de convention, et celled’échange que nous initions aujourd’hui.

Cette réussite est sans doute une des raisons pour lesquelles d’autres entreprises ont souhaité s’engager dans cette démarche vertueuse, et montrer leur engagement au travers d’une convention sur l’égalité. Nous allons en signer deux nouvelles dès ce soir.

Ces conventions portent sur les mêmes thématiques que les précédentes, mais j’ai voulu qu’elles fassent en plus un point particulier sur le sujet de la communication externe. Car en plus d’être des employeurs, les entreprises sont des acteurs sociaux, qui véhiculent des messages. Ceux-ci se doivent d’être aussi exemplaires que leur politique interne.

J’appelle tout d’abord l’entreprise Korian et monsieur Yann COLEOU son directeur général. J’ai eu l’occasion, en octobre dernier, de vous remettre un prix dans le cadre du palmares de la féminisation des instances dirigeantes, ce qui montre déjà que vos efforts passés sont couronnés de succès. Ce soir, vous allez réaffirmer votre engagement en faveur de l’égalité, et je sais que vous vous êtes fixés des objectifs intéressants. Je vous en félicite.

J’appelle ensuite l’entreprise Sodexo et Mme Anna NOTARIANI, Présidente Sodexo France. En octobre dernier, j’ai également eu le plaisir de récompenser votre entreprise, pour une première place au palmares des instances dirigeantes ; depuis, votre engagement en faveur de l’égalité a été reconnu dans un autre classement (celui de l’école skema), et vous avez signé ici même la charte Autre Cercle pour l’inclusion des personnes LGBT. C’est dire si votre entreprise est soucieuse d’égalité. Cette convention est l’occasion pour vous de réaffirmer votre engagement, et de vous donner de nouvelles perspectives de progrès. Bravo.

Notre séance touche à sa fin, je vous remercie tous de votre engagement et de votre intérêt.

Je vous donne rendez vous au mois d’octobre pour une séance sur la promotion des femmes et la mixité, et vous convie à prendre un rafraîchissement.