Discours de Pascale Boistard – Conférence « Climat : les femmes s’engagent » le 16/10/2015, Hôtel du ministre – Ministère des affaires étrangères

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Madame la Directrice Générale,
Madame la Secrétaire Générale,
Madame la Présidente de la commission des affaires étrangères, chère Elisabeth,
Madame la Présidente du Haut Conseil à l’égalité,
Mesdames les Présidentes des délégations aux droits des femmes de l’Assemblée Nationale et du Sénat,
Monsieur le Directeur exécutif adjoint,
Mesdames et Messieurs,

C’est un immense plaisir de vous voir réunis ici ce matin. Nous sommes à tout juste deux mois de l’ouverture de la conférence de Paris que nous devons réussir, parce que c’est un enjeu mondial.

La France est mobilisée, du plus haut niveau de l’Etat jusqu’aux territoires locaux pour faire de ce rendez-vous un moment historique. Cet engagement les actrices et les acteurs du développement durable le portent également. Votre présence aujourd’hui en témoigne largement. Je vous en félicite.

Je me réjouis d’ouvrir les discussions sur un thème devenu central dans notre diplomatie des droits des femmes. Le dérèglement climatique affecte tous les aspects du développement durable pour lequel nous  nous sommes engagés à travers l’agenda 2030.

L’ensemble des temps diplomatiques sont en jeu qu’il s’agisse de la gestion immédiate des crises humanitaires, de la solidarité internationale en faveur des pays les plus pauvres, de la compétition économique, et enfin de la préservation à long terme de la planète. Sur chacune de ces composantes, la France souhaite que soit portée une attention particulière aux femmes..

Avec Laurent Fabius, Marisol Touraine et Annick Girardin, nous avons souhaité organiser cette conférence pour 3 raisons sur lesquelles je souhaite revenir successivement.

1. tout d’abord, pour souligner les enjeux du dérèglement climatique pour les femmes, en particulier.

Nous le savons, le dérèglement touche plus durement les femmes que les hommes. A travers l’accès aux ressources, à travers les conséquences des catastrophes climatiques, ou à travers les violences commises sur les réfugiées.

Les femmes sont en première ligne face aux risques du dérèglement climatique. L’injustice climatique accroit les inégalités femmes-hommes. Il s’agit d’un fait largement admis.

En tant que Secrétaire d’Etat aux droits de femmes, je suis bien placée pour savoir que malgré l’accumulation de preuves et de données probantes, les fausses idées, les préjugés et les stéréotypes ont la vie longue.

Alors, je ne peux pas m’empêcher de faire le rapprochement entre le scepticisme qui pèse sur les droits des femmes, sur leur émancipation et le climato-scepticisme. Les deux attitudes sont de même nature,  elles s’opposent au progrès.

Ce sont ces mêmes obstacles qu’on retrouve périodiquement sur le chemin de l’Histoire. Ces mêmes résistances qui suscitent l’incompréhension des générations qui se succèdent. J’en suis convaincue et je le dis clairement : la révolution climatique ne se fera pas sans les femmes !

Les arguments contenus dans le 5e rapport du groupe international des experts (GIEC) ont démontré le rôle important des activités humaines dans le dérèglement climatique. Ce même rapport recommande d’intégrer la prise en compte des inégalités entre les femmes et les hommes, pour répondre aux conséquences du dérèglement et apporter des solutions. Car au-delà de la réduction des émissions de gaz à effets de serre qui est l’enjeu primordial, c’est notre modèle de développement qui est en cause.

L’enjeu ne se situe pas exclusivement autour de la protection de l’environnement. Ce sont bel et bien nos modes de vies au quotidien que nous devons repenser. Nous devons changer nos façons de produire, de consommer, mais aussi revoir notre manière d’appréhender la ville. Nous devons mettre en œuvre la transition écologique, cette nouvelle étape que le 21ème siècle appelle. Ce sont des changements majeurs qui devront s’opérer. Des changement qui s’ancrent durablement dans la réalité,  dans les sociétés … Et, quel levier plus puissant que l’égalité femmes-hommes pour amorcer le changement ? 

Aujourd’hui, 146 pays ont déjà remis leur contribution nationale pour la Conférence de Paris. C’est la première fois qu’en amont d’une conférence internationale, autant de pays contribuent. C’est donc que la Cop21 constitue bien un enjeu primordial pour les Etats participants.

Cependant je dois aussi faire un autre constat : parmi ces 146 contributions, seulement 48 ont intégré des dispositions concernant l’égalité femmes-hommes. Une fois encore, le rôle des femmes dans le changement, dans la décision, dans les solutions n’est pas pris en compte.

C’est une erreur que je qualifierais d’anachronique. Car nous le savons ; ce n’est pas une posture rhétorique, mais une réalité démontrée : les mesures en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes constituent aujourd’hui le fondement de toute stratégie efficace de développement durable.

J’étais à  New-York en septembre au moment de l’adoption de l’Agenda 2030 et des 17 objectifs du développement durable, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

L’égalité femmes-hommes est au cœur de cet agenda, avec un objectif dédié, et une intégration du genre dans la plupart des autres objectifs. La France en fait une priorité. Le président de la République l’a réaffirmé..

Il est donc indispensable que nous nous entendions sur un texte ambitieux, en décembre, afin que l’agenda 2030 et l’accord de Paris se renforcent mutuellement.

Nous devons faire converger ces agendas, comme disent les diplomates dont je salue l’initiative sous l’autorité de Laurent Fabius. Cette « convergence » n’est pas qu’un concept théorique.

Elle est mise en œuvre concrètement, en France, au quotidien, à travers l’égalité professionnelle, la parité, l’entreprenariat féminin. Mais aussi les mesures qui favorisent l’autonomisation des femmes, qui les protègent contre les violences, qui garantissent leur santé et leurs droits sexuels et reproductifs.

Ces mesures font pleinement partie de l’agenda d’adaptation cité dans le rapport du GIEC. Il est temps que le monde s’adapte et prenne en compte les aspirations des femmes, l’autre moitié de l’humanité.

2.  le deuxième point que nous souhaitions souligner aujourd’hui est que , pendant ce temps, les femmes s’engagent …

Chaque jour, elles agissent pour développer des solutions dans tous les domaines. Le premier panel de cette matinée en est une belle illustration. Les actions que nos invités ont choisi de mettre à l’honneur  sont toutes différentes, toutes intéressantes. Mais elles ont un point commun. Ce point commun, je le retrouve aussi dans les territoires, lorsque je vais à la rencontre des femmes entrepreneuses, associatives, salariées et engagées : ces actions comme les femmes qui les conçoivent et les mettent en œuvre, sont à la fois pragmatiques et idéalistes.

Pragmatiques, parce que, confrontées à la gestion de la vie privée et professionnelle, les femmes développent très souvent des projets qui facilitent la vie quotidienne de tous.

Idéalistes, parce qu’elles estiment pouvoir, à leur niveau, faire durablement changer les choses. Souvent, elles m’épatent, par leurs idées et leur volonté de trouver des solutions concrètes pour le collectif.

Nous le verrons, aujourd’hui encore, à travers les actions qui seront présentées.

Les femmes sont engagées dans le changement, elles sont porteuses de solutions innovantes. Alors oui, il est temps de leur laisser une place plus importante dans la prise de décisions et la définition des solutions.

3. Enfin, et c’est le troisième objectif, la mobilisation. Et les femmes sont mobilisées. C’est le message que nous avons reçu de toutes celles et ceux qui militent pour les droits des femmes. Et ils sont nombreux.

Permettez-moi de vous féliciter chères Mme Jean, Mme Bokova, Mme Bousquet, Mme Coutelle, Mme Jouanno, Mme Descôtes pour votre leadership et votre solidarité avec les femmes du monde entier.

Je souhaite saluer le travail de profondeur accompli par l’UNESCO pour l’éveil des consciences sur ces questions, tout comme le rôle majeur de l’organisation internationale de la francophonie (OIF) pour faire de l’égalité femmes-hommes un principe partagé dans l’espace francophone.

Je veux  également remercier le Haut conseil à l’égalité, la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée Nationale et du Sénat et le ministère des Affaires étrangères et du développement international pour le remarquable travail qu’ils ont initié autour de la thématique Femmes et climat. Ce travail vous sera présenté dans le 2ème panel de la matinée.

Mesdames et messieurs, nous sommes à l’aube de bouleversements qui impacteront durablement l’état de notre monde, de notre planète. C’est pourquoi Il faut penser global et agir local. Les femmes ont un rôle de premier plan à tenir.

Nous savons que rien n’est jamais acquis. Il faut lutter contre les conservatismes de tous bords.

Donnons-nous les moyens de nos ambitions, car si nous ne le faisons pas, alors les générations qui arrivent en pâtiront fortement. Femmes et hommes, sans distinction.

Car la nature, dans ses ravages, ou les conflits liés à la raréfaction des ressources, ne connaissent pas le genre. Aux femmes je dis, affichez vos ambitions et vos visions.

Faisons de ce rendez-vous un nouveau point de départ : celui d’un monde plus juste, et plus durable.

La France est une nouvelle fois  face à une responsabilité historique, celle de pouvoir contribuer à réinventer une nouvelle société.

Je sais que notre pays sera à la hauteur.

Je vous remercie et je nous souhaite des échanges passionnants tout au long de cette matinée.