Discours de Pascale Boistard à l’occasion du lancement du guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe en partenariat avec le Haut Conseil à l’Egalité entres les femmes et les hommes (05/11/2015)

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Seul le prononcé fait foi

Madame la Présidente du Haut Conseil à l’Egalité, Chère Danielle,
Chers membres du HCE,
Mesdames et Messieurs les élu-e-s,
Mesdames et Messieurs,

Madame la Présidente du Haut Conseil à l’Egalité, Chère Danielle Bousquet,
Cher-e-s membres du HCE,
Mesdames et Messieurs les élu-e-s,
Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie pour la qualité des interventions de cette matinée. Je me réjouis que la Convention d’engagement pour une communication publique sans stéréotype de sexe ait déjà été signée par plusieurs d’entre vous, présent-e-s ce matin.

Communiquer sans tomber dans les stéréotypes est en effet un enjeu majeur.

Le guide que vous présentez aujourd’hui est d’une importance capitale. Concis, s’appuyant sur des recherches et des entretiens, il sera un outil précieux pour les administrations, les établissements, et les pouvoirs publics en général.

Je tiens à rappeler que déjà, deux circulaires du Premier ministre ont vu le jour, concernant le lien entre le langage, les images et les stéréotypes. Noms de métiers et des fonctions au féminin, fin de l’emploi du terme Mademoiselle…Dans l’administration, ce n’est pas une option, c’est devenu la règle !

Car, nous constatons tou-te-s que plusieurs formes de stéréotypes cohabitent. Il y a – et c’est le titre de vos tables rondes de ce matin- les stéréotypes véhiculés par les mots, ou par les images. « Le poids des mots » et « le choc des photos », ou « le choc des mots » et « le poids des photos », cela dépend.

Et puis, il y a d’autres formes, plus insidieuses, parce que moins visibles. Et pour cause ! Les stéréotypes peuvent aussi être liés à l’absence. Lorsque les femmes sont encore sous-représentées dans des rôles de dirigeantes, d’intellectuelles ou d’expertes, par exemple, cela favorise (consciemment ou inconsciemment) l’idée qu’elles n’existent pas.

Et, lorsqu’on leur donne la parole, les cantonner systématiquement dans les registres des émotions et des questions d’ordre familial ou domestique, c’est encore aller dans le sens des stéréotypes.

La parole des femmes n’existe pas encore assez, en dehors de la sphère privée. Et si la parole des femmes n’existe pas dans le champ médiatique, sur les questions de société, professionnelles, sociales, économiques, internationales… alors on considère qu’elles n’existent pas… ou qu’elles n’ont rien à dire.

L’invisibilité peut aussi être générée par les mots. User du masculin pour un certain nombre de métiers revient à nier l’idée qu’ils sont ouverts aussi aux filles. A l’inverse, user du féminin, c’est envoyer le message aux petites filles qu’elles peuvent se projeter dans ces métiers. Et ouvrir le champ des possibles, concernant les futures orientations professionnelles.

Ces « oublis » sont le plus souvent involontaires. Mais il s’agit parfois aussi de stratégies conscientes et assumées. Ainsi, lorsqu’un député, dans l’enceinte de l’hémicycle, s’entête à appeler une députée Madame LE Président, et refuse d’user du féminin (Madame LA Présidente), il exprime clairement que la place de cette élue (et des autres femmes politiques) n’est pas dans l’enceinte de l’Assemblée, et qu’il ne lui reconnaît aucun pouvoir.

Au-delà des personnes qui portent des messages ouvertement sexistes et rétrogrades, il faut l’avouer : nous sommes tous et toutes susceptibles d’être pris en défaut. Par le poids des habitudes, ou celui de la facilité, voire de l’ignorance.

C’est pourquoi apprendre à déconstruire et se donner des règles communes est primordial.
A travers les 10 recommandations pratiques de ce Guide, vous allez aider à l’analyse, au recul, au décryptage. Ce n’est pas rien.

Car il arrive encore souvent que, même avec la meilleure volonté du monde, des mots, des phrases et des attitudes soient sexistes, alors que ce n’était pas le but. Je pense à la campagne d‘une chaîne publique, France 3 pour ne pas la nommer, qui voulait mettre en avant le rôle moteur des femmes journalistes. Eh bien, elle a malheureusement eu l’effet inverse, reprenant tous les clichés et stéréotypes accolés aux femmes : la maison n’était plus tenue, ses habitants désemparés dans toutes les pièces : chambre, cuisine et même toilettes ! Bref, tous étaient au bord de la crise de nerf… Parce que madame présentait le journal.

Animée des meilleures intentions, la chaîne est pourtant tombée dans tous les pièges. Je remercie encore Delphine Ernotte, présidente de France Télévision, d’avoir fait retirer ce spot.

Je pourrais aussi vous parler de cette campagne de publicité, dont certaines affiches sont restées à peine 24 heures dans les couloirs du métro. Elle vantait la réouverture d’une salle multi-spectacles dans le Sud Est de Paris… Certaines affiches mettaient clairement les femmes en position de soumission, par le slogan choisi. La mairie de Paris, alertée par les internautes a fait retirer ces affiches. Et l’entreprise (privée pour le coup) a, elle aussi, expliqué qu’elle n’avait pas de mauvaises intentions.

Ces deux exemples, repérés en moins d’un mois, illustrent parfaitement ce que vous avez dit ce matin. Ils montrent comment certaines représentations sont ancrées. Et encore une fois, le parti-pris de départ n’était pas de capitaliser des vues sur une mauvaise réputation.

Car il y a cela aussi. Nous voyons fleurir de plus en plus de slogans ou communications qui, sous couvert de liberté d’expression ou d’humour, fonctionnent sur les femmes. Avec l’idée, plus ou moins dissimulée, qu’une communication massive, même mauvaise, est meilleure qu’une communication qui ne se voit pas. Nous devons être vigilant-e-s face à cet état d’esprit. J’estime qu’on ne peut pas tout accepter, sous le prétexte de l’humour ou de la création.

C’est pourquoi 2016 sera pour moi une année consacrée, entre autres, à la lutte contre les stéréotypes dans la communication, et notamment dans la publicité. Car, même si cette communication n’est pas publique, elle peut être respectueuse et responsable, tout en étant drôle ou sérieuse… Avec les acteurs concernés, j’engagerai des concertations, en m’appuyant sur les instances déjà existantes.

Mais déjà, la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a renforcé les missions et compétences du CSA, concernant le domaine de l’audiovisuel.

Déconstruire, expliquer et emmener par l’adhésion : nous devons faire comprendre qu’il en va de l’intérêt de toutes et de tous.

Dans tous les domaines. Mais plus particulièrement lorsque cette communication émane des pouvoirs publics. Car, pour impulser des changements profonds dans notre société, il faut bien évidemment être exemplaires. Quel message ferions-nous passer, si au sein même de nos administrations, nous ne donnions pas l’exemple ? Nous irions dans le sens de ceux qui pensent que les femmes et les hommes politiques, prompts à donner des leçons sont incapables de se les appliquer. Et cela n’est pas possible.

C’est pourquoi le travail que vous menez au sein du HCE doit être mis en avant et souligné. Car, de la remise du rapport sur les stéréotypes en 2014 à la présentation de ce guide aujourd’hui, vous exigez, sans relâche que l’égalité réelle soit concrète. Mais vous faites, dans le même temps, œuvre de pédagogie, pour que ces questions soient comprises, débattues, entendues.

Pour que l’on comprenne bien que cette lutte n’est pas une obsession de quelques femmes, mais concerne bel et bien la société dans son ensemble. Et cela est d’autant plus important que nous sommes, vous et moi, quotidiennement exposés à la communication, aux publicités. Que ce soit dans l’espace public ou dans l’espace privé.
Au-delà de cette exigence d’exemplarité à laquelle doivent répondre les pouvoirs publics, c’est d’abord et avant tout une question de justice et d’équité. En avoir conscience est une première étape, primordiale. Mais ce n’est que la première étape.

Celle d’après, c’est l’engagement.

C’est pourquoi je tiens à saluer particulièrement les structures qui se sont d’ores et déjà lancées dans cette démarche. En premier lieu, le Service d’Information du Gouvernement, et son directeur M. Christian GRAVEL – qui s’est engagé auprès de vous à diffuser l’information à l’ensemble des directions de la communication des ministères. Je voudrais également saluer les engagements de Mme Elisabeth GROS, représentant l’ONISEP, M. Olivier FARON, représentant le CNAM, M. Bruno MAQUART, Président d’Universciences, M. Jean-François BALAUDé, Président de l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense, et M. François DELUGA, président du CNFPT, qui ont signé la Convention d’engagement pour une communication publique sans stéréotype de sexe.

Vous voilà les premiers. Vous êtes donc à l’avant-garde. D’autres suivront, je n’en doute pas.

Je vous remercie donc pour ce travail et m’en ferai le relais. Car vous savez ma détermination à avancer sur ces sujets. Il me semble ainsi indispensable que les déléguées régionales et les chargées de mission départementales, réparties sur l’ensemble du territoire s’en saisissent, afin qu’elles puissent à leur tour se faire le relais auprès de leurs partenaires.

Ce guide trouvera également un écho certain auprès des Haut-e-s fonctionnaires à l’Egalité, ainsi qu’auprès des référents cabinets de l’ensemble des ministères. J’y veillerai personnellement.

Je vous remercie