Discours de Pascale Boistard à l’occasion de la signature de la convention « Territoire d’excellence » avec la Région Franche-Comté (Besançon, 23/10/2015)

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Seul le prononcé fait foi

Monsieur la présidente du conseil régional,
Monsieur le préfet,
Madame l’inspectrice,
Madame la déléguée régionale aux droits des femmes,
Mesdames, messieurs les élus,
Mesdames et messieurs engagés dans l’égalité professionnelle,

Grâce aux lois et à l’action volontariste des acteurs publics, associatifs, syndicaux, et des entreprises, la France progresse sur le chemin de l’égalité professionnelle. Le taux d’emploi des femmes est en croissance, y compris durant la crise économique, la mixité des métiers progresse, l’écart de salaire entre les femmes et les hommes régresse plus vite en France qu’en Europe.

Pourtant, il ne faut pas abandonner la lutte, car le chemin vers l’égalité réelle est encore long. En Franche Comté comme sur l’ensemble du territoire français,

  • L’écart de rémunération atteint un quart entre les femmes et les hommes
  • Les femmes travaillent plus souvent à temps partiel que les hommes, et je crois que cette problématique est particulièrement prégnante en Franche Comté
  • Seuls 17% des métiers sont mixtes
  • Et seuls 30% des créateurs d’entreprise sont des femmes

Il nous faut donc accélérer ce mouvement et pour cela, tous les acteurs, toutes les énergies, toutes les méthodes, doivent être mobilisées. C’est bien le sens de l’action que conduit le gouvernement depuis 2012, que je voudrais très rapidement évoquer autour de trois enjeux.

  • Premier enjeu, l’insertion des femmes

Certes, le taux d’emploi des femmes se rapproche de celui des hommes. Mais elles sont encore plus nombreuses que les hommes à être inactives ou à temps partiel. Les maternités constituent encore trop souvent un temps d’arrêt dans les carrières, et la garde des jeunes enfants un frein à l’emploi. Le gouvernement s’est attaqué à ces difficultés, notamment :

  • En mettant en place un plan ambitieux pour accueillir les jeunes enfants ; déjà 42 700 places de crèches nouvelles ont été créées entre 2012 et 2014
  • En proposant un accompagnement renforcé par Pôle Emploi aux femmes après un congé parental
  • En incitant les pères à partager la garde des jeunes enfants
  • En soutenant les femmes qui créent leur entreprise et des emplois
  • Deuxième enjeu : l’égalité

Malgré des niveaux de diplôme désormais comparables, les femmes n’atteignent pas les mêmes postes que les hommes. Il nous faut alors intervenir pour favoriser l’égalité professionnelle.

Par l’accompagnement, et, quand cela est nécessaire, par la sanction, nous incitons les entreprises à réaliser des accords sur l’égalité professionnelle. Ces accords permettent d’analyser les embauches, les rémunérations, les promotions, la formation, l’organisation du temps de travail, pour que les femmes bénéficient des carrières que les hommes. Le taux de couverture des entreprises par un accord ou un plan atteint actuellement 37,5%, et le gouvernement a fixé pour fin 2016 un objectif de 55%.

Par ailleurs, l’obligation de parité s’étend. Les grandes entreprises devront très bientôt avoir 40% de femmes dans leurs conseils d’administration ; ce sera ensuite le tour des petites entreprises. Depuis la loi du 4 août 2014 et les ordonnances que nous avons prises cet été,  les chambres consulaires, les autorités administratives, les professions libérales doivent aussi accueillir un plus grand nombre de représentantes.

  • Troisième enjeu : la mixité des métiers

Que l’on raisonne à l’échelle individuelle, économique ou sociale, la mixité des métiers est un enjeu important.

C’est un facteur de liberté pour que chacun et chacune puisse choisir librement son métier.

C’est un facteur  d’égalité, pour que tous les métiers soient également rémunérés ; aujourd’hui, les métiers dits « de femmes » sont moins bien payés.

Enfin c’est un  facteur  d’efficacité économique, car des secteurs créateurs d’emplois sont parfois peu mixtes.

C’est pourquoi nous avons lancé, en 2014, une plate forme sur la mixité des métiers, fixant un objectif d’un tiers de métiers mixtes en 2025.

Concernant l’orientation, le dispositif « parcours d’avenir » qui accompagne désormais tous les élèves de la 6ème à la terminale, favorise une réelle liberté dans les orientations des élèves.

Concernant les acteurs de l’économie, cinq secteurs sont désormais engagés dans des plans mixité : le transport, l’artisanat du bâtiment, l’autonomie, la petite enfance et les services à domicile. D’autres secteurs sont intéressés par cette démarche, comme le numérique ou les métiers du développement durable.

Mais à côté des lois et des dispositifs nationaux, l’égalité réelle ne peut advenir que par la mobilisation de l’ensemble des énergies. Ce sont les acteurs, sur le terrain, qui agissent pour orienter, insérer, recruter,  former. La réalisation de notre politique publique repose donc sur les collectivités locales, les services déconcentrés de l’Etat, les associations, les entreprises, partout sur le territoire.

Par ailleurs, pour progresser, nous avons besoin d’innovation sociale ; face à cette question complexe, nous avons besoin de tester des solutions de terrain.

Le programme « Territoire d’excellence » repose sur cette double nécessité.

Piloté par les Régions, qui coordonnent les politiques économiques et de formation, et l’Etat – notamment les déléguées régionales des droits des femmes et de l’égalité -, il est basé sur la logique expérimentale.

Lors de la précédente vague d’appel à projet, en 2012, 9 régions avaient lancé des expérimentations. L’évaluation que nous avons réalisée montre que dans les Régions, ce sont 230 actions,  touchant 170 000 personnes et 7 400 entreprises, qui ont été conduites !  Beaucoup de ces actions sont nouvelles, et les premiers résultats sur les bénéficiaires sont très encourageants.

Sur la base de ce succès, j’ai proposé dès la fin 2014 à d’autres régions de rejoindre le mouvement, pour qu’à la fin de l’année, la France entière soit devenue un territoire d’excellence.

Et la région Franche Comté a répondu présente !

Réunissant les partenaires actifs dans votre région, vous avez constitué une convention qui, prenant appui sur les objectifs que je vous ai proposés, est un modèle d’adaptation à votre territoire.

Très concrète, elle envisage déjà une série d’actions, et identifie les acteurs qui vont les mettre en œuvre autour de trois grands thèmes :

Le développement de la négociation dans les petites et les moyennes entreprises. De fait, ce sont ces organismes qui ont aujourd’hui le plus de difficulté à constituer des plans pour l’égalité. Les régions qui ont déjà testé des accompagnements renforcés ont vu croitre à grande vitesse le nombre d’entreprises engagées. Dans cet axe, vous prévoyez de travailler sur la création d’un environnement favorable à la prise de responsabilités par les femmes, la lutte contre les stéréotypes. C’est une action particulièrement utile pour favoriser l’égalité, car ce sont aujourd’hui ces stéréotypes qui brident les carrières des femmes. J’ai noté en particulier dans les actions que vous avez retenues le soutien à des réseaux de femmes, le développement de l’entreprenariat et l’appui à l’installation agricole

Le développement de la mixité, avec des actions de sensibilisation, et un travail avec des secteurs professionnels peu mixtes, tel la logistique ou le bâtiment, à l’instar de nos plans sectoriels nationaux

La sécurisation des parcours professionnels des femmes peu ou pas qualifiées, dans le cadre d’un chantier global que vous conduisez sur ce sujet d’importance

Enfin, je voulais souligner le grand intérêt de vos engagements dans la fonction publique ; l’exemplarité, sur ces sujets, est essentielle pour mobiliser les autres acteurs. J’ai noté que vous envisagiez la labellisation égalité, que nous avons récemment rapprochée de la labellisation diversité afin de simplifier la procédure d’accès, sans céder sur les ambitions de fonds.

Cette belle convention, ambitieuse mais réaliste, vous permet ainsi de rejoindre les désormais 17 régions « territoires d’excellence ».

Je suis persuadée que ces actions seront de véritables leviers de changement dans la région Franche Comté, et que, comme vous l’indiquez d’ailleurs, la progression de l’égalité sera un vecteur de progrès pour toute la société.

Je vous félicite et vous remercie.