Discours de Madame Élisabeth Moreno – ÉPIDE de Val-de-Reuil – 10.12.20

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Discours de Madame Élisabeth Moreno

Ministre déléguée auprès du Premier ministre

chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances

| ÉPIDE de Val-de-Reuil |

Le 10 décembre 2020

 

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le préfet,

Monsieur le député,

Mesdames les vice-présidentes du Conseil départemental,

Monsieur le maire, cher Marc-Antoine,

Madame la directrice générale,

Mesdames, messieurs les élus,

Mesdames et messieurs, bonjour,

Je me réjouis d’être parmi vous aujourd’hui dans ce très bel établissement entourée de jeunes femmes et de jeunes hommes qui ont décidé de s’engager.

***

C’est à vous, tout d’abord, que je souhaiterais m’adresser.

Je tiens à vous féliciter d’avoir choisi d’intégrer cet ÉPIDE.

Il s’agit, je le crois, d’un engagement avec un « E » majuscule. Car avant d’être élèves, vous êtes toutes et tous des volontaires.

La démarche que vous avez entreprise témoigne, déjà à elle seule, de votre volonté d’aller de l’avant.

Aller de l’avant dans un cadre structurant, avec des règles strictes et une discipline que l’on ne retrouve peut-être nul par ailleurs.

Aller de l’avant en vous confrontant à un environnement nouveau, où les valeurs républicaines vous accompagnent au quotidien.

Aller de l’avant pour ensuite intégrer le marché du travail dans des meilleures conditions.

En faisant la démarche d’intégrer cet ÉPIDE, vous avez donc fait la moitié du chemin vers la réussite.

Car je tiens à vous l’affirmer avec force : la réussite est multiple.

Elle n’a pas qu’un seul visage ou qu’une seule forme.

La réussite est plurielle. Elle embrasse des sillons différents selon les individus.

Réussir, selon moi, c’est achever ce que l’on entreprend.

Réussir, c’est tout faire pour essayer d’être un peu plus grand que soi.

Et réussir, c’est forcer les portes de son destin.

C’est parfois aussi faire des sacrifices. Mais c’est toujours devenir ou redevenir acteurs de son avenir. Car la réussite est entre vos mains.

Votre avenir, personne ne l’écrira pour vous.

Vous pouvez être accompagnés, aidés, soutenus – c’est même essentiel car on ne réussit jamais seul ; mais votre avenir, c’est vous qui l’écrirez, et vous seul.

Mais tout cela, vous avez déjà commencé à le faire en étant ici. Et vous pouvez déjà en être fiers.

Je crois profondément à la détermination pour lutter contre le déterminisme.

Ici, vous êtes l’illustration concrète à la fois de la jeunesse qui reprend son destin en main et aussi de ce que la République peut produire de plus beau.

Ici, vous prouvez à tous que l’on peut connaître l’échec et rebondir. Et parfois dépasser ses propres espérances.

À la sortie de l’ÉPIDE, vous vous orienterez vers le monde professionnel. Mais je suis certaine que cette expérience ici, vous ne l’oublierez jamais. Elle restera gravée en vous et sera une force tout au long de votre existence.

***

Je voudrais maintenant m’adresser au personnel de l’ÉPIDE.

Ce que vous entreprenez ici aux côtés de ces jeunes est extrêmement important.

Le rôle de l’État, à travers l’Éducation nationale, c’est d’apporter à tous le socle de connaissances nécessaires pour s’insérer sur le marché du travail et, plus largement, devenir des citoyens à part entière.

Mais le rôle de l’État, c’est aussi d’apporter une seconde chance à celles et ceux qui, pour des raisons diverses, n’auraient pas pu déployer leur talent dans le cursus dit « traditionnel ».

Le rôle de l’État, c’est de leur tendre la main.

En accompagnant les jeunes les plus éloignés de l’emploi vers le marché du travail, en les aidant à construire leur projet professionnel, en leur offrant une formation et un suivi personnalisé, en leur faisant vivre concrètement les valeurs républicaines, en travaillant autant sur le savoir-faire que sur le savoir-être, vous révélez leur « quotient citoyens ».

La pédagogie originale que vous avez mise en place, l’équipe pluridisciplinaire que vous êtes et qui la fait vivre au quotidien, a prouvé son efficacité.

Au-delà des savoirs, ce sont des valeurs que vous transmettez.

À tous ces jeunes, vous leur ouvrez un peu plus le champ des possibles.

Vous leur permettez de combattre une certaine forme d’autocensure, d’inhibition qui peut parfois nous envahir lorsque l’on pense ne pas avoir les codes ou les réseaux nécessaires – et, parlons-nous franchement, le « prénom » ou l’origine sociale qu’il faudrait – pour accéder à tel cursus universitaire ou tel métier.

En d’autres termes, vous donnez du sens, vous donnez un cap à des élèves qui avaient parfois perdu toute boussole.

Votre mission est donc d’intérêt général.

Souvent, on parle d’égalité des chances ; un concept un peu abstrait que d’aucuns ont du mal à définir ou à percevoir la dimension concrète.

La dimension concrète de l’égalité des chances : elle est ici. C’est vous !

***

Cette mission, vous le savez, est au cœur de ma mission.

Et s’il existe un ministère de l’Égalité des chances dans notre pays, c’est que le principe même de l’égalité reste inachevé.

La France est en effet l’un des pays les plus inégalitaires en Europe dans son éducation.

Le poids de l’origine sociale sur la performance scolaire y est beaucoup plus marqué qu’ailleurs.

L’enquête PISA de l’OCDE nous le rappelle :

  • 1 élève défavorisé́ sur 5 ayant de bons résultats ne prévoit pas de terminer ses études supérieures
  • Et il faut 6 générations pour que les descendants de famille modeste atteignent le revenu moyen français
  • Enfin, les enfants d’ouvriers ont 11 fois moins de chances d’obtenir le bac que les enfants de cadres

Ces inégalités de destin sont inacceptables en France en 2020.

Elles abîment le contrat qui nous lie tous les uns aux autres : notre pacte républicain.

Malgré tout, peut-être parce que j’en suis moi aussi le fruit, je continue de croire profondément en la promesse républicaine et en la main qu’elle tend à chacune et à chacun.

Il s’agit à la fois d’un idéal, où chacun est respecté dans ses différences, et d’un objectif, avec une obligation d’action et de résultat.

La République devrait – en principe – offrir à chacune et à chacun les moyens de s’élever, de penser par soi-même, de forger son identité propre, indépendamment de ses origines, de son genre, de son patronyme, de son orientation sexuelle ou de son lieu de résidence.

Tour à tour boussole et bouclier, la République reste un rêve inaccompli que l’on doit faire vivre au quotidien.

Et pour qu’elle vive, chaque citoyen doit en partager le goût et le désir, chaque citoyen doit se l’approprier, se sentir responsable de son accomplissement mais aussi et surtout partie prenante.

Chacun doit se sentir concerné.

Mais si l’égalité est affaiblie, écornée, la liberté et la fraternité qui font le triptyque républicain deviennent orphelines. Sans elle, elles n’ont plus de sens.

D’aucuns pensent aujourd’hui que cette promesse est vaine, qu’elle n’est qu’une fable édictée et vantée par les mêmes qui en bénéficient. 

Au regard des statistiques que j’ai énumérées tout à l’heure, je peux le comprendre.

Mais parce qu’elle ne doit pas rester « une promesse », nous devons redoubler d’efforts pour la rendre concrète, pour la rendre tangible pour tous.

C’est la volonté du Président de la République. Et c’est ma mission aujourd’hui !

J’y mettrai toute mon énergie.

L’égalité des chances, pour qu’elle fonctionne, doit être du concret.

Cette politique publique repose, à mes yeux, sur :

  • La lutte contre toutes les formes de discriminations
  • La promotion de la diversité
  • Et l’objectif d’égal accès aux opportunités pour tous

Dans l’emploi, la compétence doit être au cœur de nos actions. C’est la clef de l’émancipation.

Car le talent n’a ni genre, ni couleur de peau, ni orientation sexuelle, ni croyances.

Ce sont les compétences qui permettent de s’élever qu’elles que soient notre lieu de naissance ou de résidence.

En parallèle, le réseau est également un atout important au cours de la carrière professionnelle.

En intégrant cet ÉPIDE, vous développez parallèlement ces deux fondamentaux.

Vous devrez continuer à le faire toute votre existence.

***

Mesdames et messieurs,

En conclusion, je voudrais vous adresser un dernier message : croyez-en vous et ne vous autocensurez pas !

L’autocensure est mortifère. Elle nous pousse au fatalisme, à la résignation.

Elle doit être combattue car c’est une barrière que nous érigeons nous-même, contre nous-même.

Alors, à toutes et tous, accomplissez-vous.

Je vous remercie.

Vive la République. Vive la France.

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