3 Questions à Olivier Andrieu-Gérard, responsable du collectif PédaGoJeux

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PédaGoJeux est un collectif public / privé constitué en 2008 et animé par l’Union Nationale des Associations Familiales (UNAF).  Les membres actifs du collectif représentent l’ensemble des parties prenantes du jeu vidéo : les joueurs et leurs familles via JeuxOnLine et l’UNAF, les pouvoirs publics à travers la direction générale de la cohésion sociale du ministère des familles, de l’enfance et des droits des femmes et Internet Sans Crainte, les acteurs économiques via le Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs (SELL) et les médias via Bayard Jeunesse. L’objectif de PédaGoJeux est de guider les parents et les éducateurs en décryptant l’univers du jeu vidéo et en leur transmettant des clés de compréhension et des bonnes pratiques pour les aider à accompagner les enfants dans ce loisir. 


Sait-on à quel âge en moyenne un enfant commence à jouer à un jeu vidéo ? Pourriez-vous nous dire combien d’heures par semaine jouent les enfants et les ados en France ?

Le jeu vidéo constitue le premier accès de l’enfant aux écrans numériques. Très jeunes, les enfants utilisent des applications vidéo ludiques sur la tablette ou le smartphone de leurs parents.

Les durées et fréquences de jeux dépendent du jeu. Selon une étude de 2013 du CNC avec TNS Sofres[1], les 6-14 représentaient 20 % des joueurs. L’enquête montrait que près de 38 % des enfants âgés de 6 ans et plus jouaient en moyenne 1 à 2 heure par jour. En ligne, la pratique est plus régulière et les sessions moyennes de jeu plus longues, 2h13 contre 1h51 hors ligne.  

 

Sabine Duflo alerte sur les risques liés d’une part à la précocité et à l’intensité des usages des écrans et d’autre part au non-respect des limites d’âge. Qu’en est-il pour les jeux vidéo ? Quels sont les risques auxquels s’expose un enfant ou un jeune ?

Il convient d’abord de rappeler que même si l’expérience du jeu vidéo est singulière, jouer à des jeux vidéo s’inscrit dans les pratiques numériques et médiatiques. En ce sens, les problématiques liées aux jeux vidéo ne diffèrent pas de celles liées aux écrans en général, au contraire, elles en font partie.

Les points de vigilance sont ainsi pour partie identiques aux pratiques d’écrans. Afin d’assurer une expérience de jeu positive, il est nécessaire que les parents veillent notamment à ce que le jeu vidéo soit adapté à l’âge et à la sensibilité du joueur. La signalétique PEGI est de ce point de vue très utile pour les parents, parce qu’elle donne une indication sur l’âge avant lequel il est déconseillé de jouer en raison de contenus inadaptés. La signalétique apporte également des indications sur le type de contenus problématiques, ce qui peut donner aux parents une base pour échanger et discuter avec leurs enfants (par exemple la présence d’un langage grossier ou de scènes violentes).

Plus généralement, le dialogue et la pratique du jeu avec son enfant restent sans doute la clé d’une pratique de jeu vidéo positive afin, notamment, de mieux observer comment l’enfant perçoit le jeu vidéo mais aussi de proposer des jeux adaptés à l’éveil et aux goûts de l’enfant. L’encadrement du temps et du moment de jeu est aussi essentiel afin d’éviter que la pratique du jeu vidéo ne soit pas trop envahissante dans la vie de l’enfant et que le jeu vidéo reste un plaisir. Chez les plus jeunes enfants, les sessions de jeu doivent demeurer courtes et occasionnelles et pratiquées en présence d’un adulte. Il est aussi préférable d’éviter de jouer la dernière heure avant de se coucher, afin de ne pas perturber l’endormissement et le sommeil.

 

Quelle est la démarche de « PédaGoJeux » ? Que recommandez-vous aux parents ?

L’ambition de PédaGoJeux est d’accompagner les parents dans la mise en place des conditions d’une expérience positive et sereine du jeu vidéo au sein de la famille et ce, dès la première expérience de jeu de l’enfant.

L’action de PédaGoJeux se décline autour de plusieurs axes : dès 2008, le collectif a lancé son site Internet, www.pedagojeux.fr, qui s’adresse spécifiquement aux parents et aux éducateurs. Le site modernisé et enrichi en 2014 propose de nombreux contenus qui abordent l’ensemble des sujets relatifs aux jeux vidéo mais aussi de nombreux conseils pratiques à destination des parents. En 2014, PédaGoJeux a souhaité renforcer sa capacité à diffuser ses conseils sur le terrain. Ainsi est né le dispositif « Ambassadeur » qui vise à mettre en réseau des structures associatives ou publiques qui proposent au public des activités dans le domaine du jeu vidéo (action de sensibilisation, de prévention, d’information du public, ateliers d’initiation, de découverte, de créativité) et qui s’engagent à relayer les informations de PédaGoJeux. Début 2017, près de 70 structures issues de plus de 40 départements ont été « labellisées » Ambassadeur PédaGoJeux.

Pour PédaGoJeux, la définition d’un cadre et de règles du jeu reste primordiale. Ce cadre et ces règles doivent porter notamment sur le contenu des jeux en s’appuyant notamment sur la signalétique des jeux vidéo, sur le temps de jeu et plus généralement sur le temps consacré aux écrans, sur les moments du jeu (par exemple seulement le week-end, après les devoirs, pas pendant les repas etc. …). Ces règles peuvent être définies en concertation avec les enfants car cela permet de les conduire à se poser des questions sur leur pratique de jeu et ainsi développer leur sens critique et leur discernement. C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’en 2015, après les parents et les professionnels, PédaGoJeux a souhaité s’adresser directement aux enfants. Un espace PédaGoJeux Junior propose ainsi des contenus aux 6-12 ans qui vont à l’essentiel pour aborder à terme l’ensemble des sujets sensibles en matière de jeu vidéo : temps de jeu, influence des aînés dans les fratries, respect des règles, violence, représentations filles-garçons… 

Plus généralement, les parents doivent favoriser l’échange et la discussion avec l’enfant sur ces pratiques de jeux pour mieux l’accompagner. Les questions sont nombreuses : A quels jeux joues-tu ? Lesquels n’aimes-tu pas ? Qu’éprouves-tu quand tu joues ? Préfères-tu jouer seul ou avec tes copains ? A quels jeux ? Est-ce que tu joues ailleurs qu’à la maison ? En classe ? Est-ce qu’il y a des règles fixées ? Qu’en penses-tu ? Sont-elles justes ? Injustes ? Les parents peuvent aussi s’appuyer sur leur propre expérience pour aborder sereinement ces moments d’échanges avec l’enfant : lui parler des jeux auxquels on jouait à son âge, par exemple. Ce que l’on aimait dans ces jeux. Avec qui on jouait et exprimer le fait que l’on n’était pas toujours d’accord avec ses parents ! La mise en place de ces règles du jeu peuvent d’ailleurs être utilement élargies à d’autres champs de la vie de l’enfant, qu’ils soient liés aux écrans (téléphone portable, tablettes, Internet) ou non. L’accompagnement du jeu vidéo nécessite en effet de traiter de nombreux aspects relatif à l’enfant : grandir et devenir autonome, le plaisir et la frustration, la prise de risque, le faire ensemble et le respect, la confiance en soi.

Pour en savoir plus : www.pedagojeux.fr   

[1] Etude « Les pratiques de consommation de jeux vidéo des Français » du Centre national du cinéma et de l’image animée et TNS Sofres de septembre 2013