Égalité Femmes/Hommes : une leçon norvégienne

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Un groupe de ressortissants français en Norvège a choisi de participer au Tour de France de l’Egalité pour faire connaître les bonnes pratiques norvégiennes en termes d’égalité entre les femmes et les hommes. De quoi inspirer la société française…

 

Véronique Revoy et Tristan Champion, deux ressortissants français en Norvège ont contribué au Tour de France de l'Egalité« Sans être parfaite, la société Norvégienne a sans conteste un temps d’avance sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes, affirme Tristan Champion, ancien Parisien résidant à Oslo depuis bientôt 4 ans. « Elle le doit à son obsession pour l’égalité depuis maintenant 100 ans et à une politique volontariste, basée sur les quotas, renchérit Véronique Revoy, Française installée à Oslo depuis 2002. Tous deux ont souhaité profiter de leur statut de ressortissant pour proposer leur petit Tour de Norvège de l’Egalité et le partager avec tous les Français. En voici la synthèse.

La féminisation de l’univers masculin

 

La société norvégienne a mis en place un ensemble de dispositions pour impliquer davantage les hommes dans des tâches historiquement féminines. Grâce à une politique familiale «généreuse», le rôle de l’homme a ainsi largement évolué.

  • L’homme, ce co-parent

La Norvège est connue pour la longueur de son congé maternité. Depuis 1993, elle veille à le rendre aussi plus égalitaire grâce à un système de quota. En 2017, la Norvège accorde 48 semaines de congés pour les deux parents (avec un maintien à 100% du salaire) :

-10 semaines pour le père «quota du père»

-10 semaines pour la mère «quota de la mère»

-Les 28 semaines restantes allouées sont au choix de la famille.

A titre d’exemple, Tristan, qui occupe un poste de chef de service marketing à Oslo, a choisi de prendre un congé paternité de 20 semaines. Il prendra le relais à la fin du congé maternité de sa femme pour s’occuper à temps plein de leur petite deuxième. Une expérience qu’il partage avec son blog : barbapapa.blog.

Les chiffres (mars 2017)

70% des hommes prennent leur congé paternité (vs 60% en 2008)

33% prennent les 10 semaines seulement

37% des hommes prennent plus des 10 semaines

Depuis 1993, on a vu ainsi le rôle de l’homme évolué de « père » qui s’occupe de l’éducation des enfants à part égale avec la mère à « co-parent » qui intègre les tâches ménagères au travail de soin de l’enfant. Les hommes paraissent également développer des compétences relationnelles en tissant des liens émotionnels plus forts avec leurs enfants.

 

  • Des hommes “puéricultrices”

En 2017, un nouveau projet de loi historique instaure des quotas d’hommes dans des milieux traditionnellement féminins : il est par exemple envisagé d’instaurer des quotas d’hommes dans les filières universitaires à dominante féminine et d’augmenter à 12% le pourcentage d’hommes travaillant dans les crèches/écoles maternelle en 2018. Pour information, en 2016, 10% d’hommes norvégiens travaillent dans des crèches contre 1% d’hommes en France.

 

  • Une journée pour les garçons

Pour éduquer les garçons au partage de leurs émotions, les services sociaux des municipalités ont instauré « La journée du garçon » (Guttedag) pour les élèves de 3ème. Séparés des filles, ces garçons âgés entre 15 et 16 ans sont invités à discuter autour de la question « ça veut dire quoi être un garçon ? ». Une Plateforme en ligne leur permet de se renseigner sur tous les sujets qui les préoccupent.

Véronique, dont le fils de 15 ans a participé à cette journée, loue l’initiative : « j’étais contente de voir qu’une journée entière est consacrée aux seuls garçons, une journée pour aborder avec eux les questions spécifiques qu’ils peuvent se poser, et leur dire qu’on peut trouver de l’aide auprès des services sociaux si on a des difficultés personnelles d’ordre émotionnel ou psychologique ». Son fils, qui reste un adolescent (même en Norvège) a pour sa part trouvé la journée « pas terrible »… Comme quoi, on est tous égaux quand on a un ado !

La masculinisation de l’univers féminin

 

  • Les femmes au pouvoir

Erna Solberg, chef du Gouvernement
Siv Jensen, ministre de l’Economie, des Finances et des Revenus pétroliers
Ine Marie Eriksen Søreide, ministre des Affaires étrangères
Sylvi Listhaug, ministre de la Justice
Gerd Kristiansen, directrice de la plus grande confédération syndicale
Kristin Kogen Lund, chef du syndicat du patronat…

Le paysage politique norvégien est complètement dominé par les femmes, les leaders des 3 principaux partis de ce gouvernement de coalition sont des femmes. La présence simultanée de femmes aux postes les plus importants du pays n’a fait réagir personne au moment des élections. Très peu d’articles de presse l’ont mentionnée. Une absence d’intérêt qui prouve que la parité en Norvège est désormais synonyme de normalité.

  • Pour la carrière des femmes

Depuis 2008, la loi norvégienne exige que 40% des membres des conseils d’administration des sociétés anonymes soient des femmes.

Le syndicat patronal (NHO) offre des formations accélérées aux femmes : les entreprises membres du NHO peuvent ainsi proposer aux employées en qui elles croient de participer à cette formation annuelle afin de progresser plus rapidement dans la hiérarchie de l’entreprise. Lancées en 2003, environ 1500 femmes de 750 entreprises y ont déjà participé.

  • Le sport au féminin

Dès leur plus jeune âge, les filles sont encouragées à pratiquer un sport.  Les sportives sont très valorisées et encouragées dans leur pratique, en témoigne les résultats des Norvégiennes aux Jeux Olympiques !

Statistiques résultats JO d’été 2000 -2016
Norvège :

28 médailles pour les hommes

69 médailles pour les femmes

France : 

242 médailles pour les Hommes

86 médailles pour les femmes

Les footballeuses norvégiennes ont, elles aussi, un palmarès conséquent avec un titre de championnes du monde (1995), deux championnats d’Europe (en 1987 et 1993) et une médaille d’or olympique. Les hommes, eux, n’ont jamais remporté de grande compétition internationale.

Mesures symbolique forte : depuis 2017,  les joueuses de l’équipe de foot de Norvège gagnent désormais autant que les hommes. Pour atteindre cette égalité, les hommes ont même consenti à baisser leur salaire.

  • Les femmes au service militaire

Depuis 2013, le service militaire obligatoire est mixte en Norvège.  Filles et garçons font leur service ensemble, ils partagent les mêmes régiments mais aussi les mêmes dortoirs, ce qui accentuent une idée d’armée « neutre ».

Le rôle des médias dans la promotion de l’image égalitaire

 

Les médias en Norvège participent largement à la promotion d’une image égalitaire entre filles et garçons.

  • Côté fille

Le sport féminin est très présent dans les medias et ce dès le plus jeune âge : la médiatisation de la NORWAY CUP a largement contribué à la popularisation du football féminin et à la féminisation des notions de performance et de concurrence. Des matchs de jeunes filles de ce tournoi de football d’enfants sont diffusés en direct et en «prime time» sur la chaîne publique NRK.

  • Côté garçon

Dans l’émission «le/la meilleur(e) couturier(ère) de Norvège», diffusée en prime-time, ce sont  2 hommes qui sont arrivés cette année en finale grâce à leur parfaite maîtrise de la machine à coudre. Une autre émission met en avant des hommes dans un univers pourtant «caricaturalement» féminins, celui du cheerleading (formation de pom-pom girls).

Vers une société unisexe ?

«La valeur d’égalité est très centrale dans la société norvégienne (…), on accepte mal qu’il puisse y avoir des différences entre les gens. Ce constat a déteint sur la manière d’envisager les rapports entre les hommes et les femme»

Mari Teigen : Directrice du CORE, Centre de Recherche pour l’Egalité Femme-Homme

Vue par les yeux des ressortissants français, la société norvégienne semble assez «unisexe» : les signes extérieurs de féminité ou de galanterie sont vraiment moins présents qu’en France. Par exemple, toutes les expressions de “galanterie” sont plutôt inexistantes dans l’espace public, et si parfois il y en au bureau, ce sont des signes qui risquent d’être mal interprétés. Cette égalité entre les sexes est si ancrée au sein de la société norvégienne que la neutralité fait vraiment partie du quotidien. “Pour nos enfants qui grandissent en Norvège, cette égalité les autorise à s’épanouir comme ils le souhaitent et sans jugement dans leur enfance; tout comme elle ne pose aucun plafond de verre pour leurs ambitions et choix dans leur future vie d’adulte” concluent Véronique et Tristan